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L’ascension de la montagne sacrée

Messiaen 2008

Dans le cadre de cette année centenaire Messiaen 2008, son unique opus lyrique ne connaît qu’une seule réalisation scénique ! Il faut dire que la difficulté du rôle titre et les imposantes masses chorales et instrumentales à réunir réservent cette gigantesque partition aux scènes lyriques de premier plan. Le Holland Festival et le DNO d’Amsterdam ont uni leurs forces pour rendre possible cette production.

Longue de plus de quatre heures, extrêmement statique et handicapée par un livret oscillant entre érudition religieuse rebutante et piété naïve, la partition représente un défi colossal en terme de mise en scène. Prolifique metteur en scène et tête pensante du DNO et du Holland Festival, s’est réservé cette pièce. Et comme toujours, Audi fait du Audi ! L’orchestre prend place à l’arrière de la scène alors que l’essentiel de l’action se déroule au premier plan de la scène (procédé déjà vu et revu dans son Ring). Le point positif réside dans une proximité et un certain intimisme qui casse la dimension monolithique de la musique. Malheureusement, ce dispositif débouche sur de nombreux décalages entre le chœur et l’orchestre, essentiellement à l’acte III où les masses chorales plongées dans une quasi-pénombre peinent à commencer ensemble. D’autre part, Audi ne sait pas quoi faire et sa mise en espace peine à maintenir l’attention du spectateur. Seul le Prêche aux oiseaux où Saint François et frère Massée font la leçon à des enfants casse cet ascétisme scénique écrasé par des décors frigorifiques et disgracieux à force d’abstraction ! Les costumes, sublimes, des moines de l’Ange, contribuent eux à un certain bonheur visuel.

Du côté de la musique, le rôle titre est écrasant et écrasé par la personnalité de son créateur José van Dam, dès lors difficile pour de se faire une place. Le chanteur possède un certain charisme qui sied au mythique saint, mais il peine un peu en terme de tessiture et le timbre n’est pas particulièrement lumineux. En grand professionnel, le chanteur mène sa barque avec compétence et humilité au fil des trois actes. Curieusement, la distribution ne comportait qu’un seul chanteur francophone. Bien préparés, tous ces artistes se sortent honorablement de la prononciation française. On aime particulièrement : le frère Massée de et, dans une certaine mesure, le frère Léon si humain de Henk Neven. manque elle un peu de luminosité dans le rôle de l’Ange. Le chœur du Nederlandse Opera se surpasse, galvanisé par l’évènement, mais on pointe parfois des problèmes d’intonation et comme nous l’avons dit, de nombreux décalages.

Pour l’occasion, le DNO avait fait appel à l’orchestre de la Résidence de la Haye dans le cadre des prestations tournantes des orchestres bataves dans la fosse d’Amsterdam. Cette formation au prestigieux passé ne fait plus la course en tête des orchestres nationaux et cela s’entend. On sent les musiciens volontaires, mais aux limites extrêmes et soumis à rude épreuve par cette partition hors norme. , pour sa dernière apparition en tant que chef principal à Amsterdam, en a sans doute conscience et il dirige plutôt vite évitant de s’appesantir sur des détails. Ce qui évite les temps morts, mais est avare de spiritualité et d’abandon.

Dès lors, ce spectacle inégal mais courageux est tout de même un moment important, car la difficulté de l’œuvre et la variété des éléments à transcender en font un défi presque inhumain.

Crédit photographique : © Ruth Walz