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Le théâtre de l’âme

Le château de Barbe-bleue / Erwartung

L’Opéra de Québec a eu l’audace d’inscrire pour la saison 2008/2009, le doublé Bartok-Schœnberg, créé à Toronto au COC en 1993. Vision toute intérieure pour Le château de Barbe-bleue, théâtre de l’âme pour Erwartung (L’attente), c’est la conception du metteur en scène québécois qui retient l’attention – de l’onirisme à la réalité – et qui donne sens à deux œuvres majeures du vingtième siècle.

Les deux opéras présentés offrent quelques points en commun : œuvres d’introspection, modernes, d’une intensité insoutenable, habitées par des êtres étranges. Tout se déroule à l’intérieur d’un cadre, intimant d’emblée une distanciation, avec des jeux d’ombres qui donnent un aspect irréel aux personnages. L’ambiance peu rassurante est accentuée par une toile transparente – une gaze en sfumato – que circonscrit l’action dramatique. Dans Le château de Barbe-bleue, les deux protagonistes évoluent dans une sorte de duel, de mise à mort symbolique. La maquette d’un château exposée au centre de la scène, sert de prélude avant de pénétrer plus à fond dans un espace délimité, un long couloir profond où se dessine l’ombre des sept serrures, petites ouvertures vers des réalités cauchemardesques et où se joue la trame dramatique de l’œuvre. Théâtre de l’âme, certes, mais d’un lyrisme prégnant, magie sonore des voix et de l’orchestre.

Si l’esthétique du Château de Barbe-bleue relève du conte populaire – deux personnages, on a sacrifié le rôle parlé du Barde, qui évoluent à l’intérieur d’un château sombre – celle d’Erwartung, monodrame en un acte, est plus complexe, et renvoie à l’étude de cas, les délires d’une psychopathe en camisole de force, épisode de démence froidement noté par un docteur Freud muet et omniprésent. Univers kafkaïen et claustré dans les deux cas. C’est Judith, personnage biblique qui voulant libérer son peuple, s’introduit dans le camp ennemi, séduit et décapite Holopherne. C’est la femme trahie et sa dérive amoureuse au cœur de la folie.

vit son personnage avec une rare intensité. Un rôle à sa mesure, on dirait qu’il a été écrit pour elle. Elle est femme, de cette féminité près de l’hystérie, voix haletante, présence hallucinante sur scène, beauté du geste, souvent blottie dans les replis de sa vie, hantée de cauchemars.

En première partie, dans Le château de Barbe-bleue, la basse russe Mikhail Svetlov et la mezzo-soprano hongroise Andrea Meláth forment un excellent «couple» dans cette longue marche au supplice autant par le jeu scénique que par les voix. Leurs regards ardents se toisent accentuant le mystère et l’intensité du drame.

L’ sous la direction de , démontre une grande maîtrise de deux œuvres jugées difficiles. La direction précise du maestro assure une cohésion entre orchestre et voix.

Crédit photographique : (La femme) ; Mikhail Svetlov (Barbe-bleue) & Andrea Meláth (Judith) © Louise Leblanc