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Création tourangelle d’Ariane à Naxos

Ariadne auf Naxos

C’était une gageure que de donner Ariadne auf Naxos de Strauss avec une distribution francophone, une de ces audaces inconnues à Paris, et le pari de l’Opéra de Tours est largement tenu. Tours entendait pour la première fois la dispute de Zerbinetta et du compositeur et le long monologue d’Ariane abandonnée, et, malgré le peu de moyens dont dispose sa maison d’opéra, l’entendait dans des conditions idéales. sert au mieux l’œuvre de Strauss, met en lumière avec art la mise en abyme de l’opéra. L’acte d’Ariane est juste et émouvant sans pathos inutile, Zerbinette et sa troupe sont introduits avec l’humour que l’on connaît chez la directrice de la Péniche Opéra. Les costumes, avec leurs coupes simples et leurs figures géométriques, font penser à la mythologie vue par Cocteau dans ses dessins. Un seul grand décor : celui d’une villa, avec à l’étage les loges des artistes, qui s’ouvre lors de l’acte unique pour laisser apparaître une forêt bleutée où prennent place – théâtre dans le théâtre avec spectateurs à cour et grand rideau rouge à jardin – les aventures d’Ariane et des paillasses.

A la tête d’un orchestre cohérent et limpide – nous ne chercherons pas à comprendre comment il peut tenir dans la fosse ! –, règle un parfait équilibre de la fosse et du plateau et soutient ses solistes, bien choisis. est une Ariane fragile, aux aigus pas toujours parfaitement maîtrisés mais digne et émouvante. avait tout pour un compositeur de haute volée : la jeunesse, la chaleur du timbre, la puissance. On s’en voudrait presque de devoir souligner un vibrato bien trop prononcé chez cette jeune chanteuse. Reste la vérité avec laquelle elle peint le créateur qui ne veut pas compromettre son art et la perfection du regard de l’artiste mi-inquiêt mi-amoureux qu’elle pose sur sa création, Ariane et Bacchus chantant leur duo. En Zerbinette enjôleuse, remporte tous les suffrages. Bien placé et projeté, son chant est le halo scintillant qui entoure une comédienne maîtresse de ses effets. tarde un peu à trouver ses marques et à raffiner une émission fruste. La voix se chauffe et se place, et le ténor devient un Bacchus idéal. Le reste de la distribution rivalise d’abattage dans un bel esprit d’une troupe dont ressortent quelques très belles voix, celles d’, de et de pour ne citer qu’eux.

Crédit photographique : (Ariane) © F. Berthon