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Berliner Barock Solisten…et la musique fut

A la Cité de la Musique, l’avant-dernier concert des Berliner Philharmoniker ne fut pas le moindre. C’est au tour des d’entrer en scène : l’ensemble est réuni, presque en famille, au naturel, tous les violons debout. Les musiciens, en communion de cœur et d’âme, échangent, se regardent, vivent totalement la musique qu’ils jouent. A son écoute, elle semble la plus harmonisante pour l’Etre.

Le programme commence par le somptueux Concerto grosso pour cordes n°1 en fa mineur de Francesco Durante : l’ensemble s’éveille, vibre dans un Poco andante à la paisible et soupirante mélancolie. Les Allegros plus charpentés embrassent le troublant Andante. L’ensemble nous révèle avec clarté le sens des phrasés et la richesse mélodique du Concerto.

Puis, le Salve Regina de offre à la possibilité de déployer tout son talent. La Cantate en la majeur, de laquelle est issue le Salve Regina, est écrite pour voix de mezzo, cordes et orgue. L’œuvre transcrit en musique la ferveur passionnée, la joie lumineuse et le recueillement qu’inspire la dévotion mariale. La voix est ample dans les graves, avec un beau vibrato, puis plaintive et suppliante dans le Ad te clamamus.

L’étourdissante Follia de , jouée avec beaucoup de délicatesse par l’ensemble, avec un rythme enlevé, toujours dansant, vient clôturer la première partie du programme.

Enfin, arrive le moment tant attendu : le Stabat Mater en fa mineur de Pergolesi. L’on ne parlera jamais assez de la beauté de cette œuvre, tirée de la prière de Jacopone da Todi, qui est un échange entre la douleur déchirante de la mère du Sauveur perdant son Fils, et l’homme, pêcheur, ayant soif de Miséricorde et désirant répondre à l’amour du Christ. L’interprétation est un vrai frisson. Ici, le tempo est parfait, ni trop lent, ni trop rapide. La belle dissonance du début est soulignée avec l’exacte justesse, par la superposition des deux voix, provoque le déchirement, et met en lumière toute la tension dramatique intérieure de la Vierge.

Telle l’Emotion et la Raison, les voix, et , sont en parfaite symbiose, créant d’emblée une très forte intensité émotionnelle. , dans des aigus expressifs, touche l’âme au plus profond tandis que Bernarda Fink, dans une interprétation plus cérébrale invite davantage à la méditation du drame. L’ensemble, regroupé autour des voix, se penche, écoute, soutient les lamenti du «O quam tristis et afflicta». L’émotion est à son comble dans le «Quis est homo, qui non fleret», qui réunit peu à peu les deux voix solistes, emportées dans un rythme enlevé qui ouvre sur les autres airs.

Puis, dans la seconde partie du Stabat, une belle énergie fervente anime les deux solistes dans le Eja Mater, pour que l’homme puisse comprendre, ou du moins ressentir un peu de cette souffrance et que l’amour naisse.

Ainsi, les nous ont offert des instants privilégiés. Nul besoin d’applaudimètre pour voir à quel point l’émotion parcourut la salle des concerts de la Cité de la Musique.

Crédit photographique : Berliner Barock Solisten © Berliner Philharmoniker