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Ingo Metzmacher, solidité allemande

Le n’est autre que l’héritier du fameux RIAS Berlin créé en 1946 dans le Berlin ouest post seconde guerre mondiale et dirigé dans ses premières années par Ferenc Fricsay. Il deviendra en 1956, Radio-Symphonie-Orchester Berlin (alias RSO de Berlin ouest), créant une confusion des noms avec le Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin (autre RSO !), né dès 1923, mais qui fut est-berlinois du temps du terrible mur. Ce n’est qu’après la réunification de la ville, et afin de clarifier l’identité des deux orchestres de la radio de Berlin, qu’il prit le nom sous lequel désormais, il se présente. en a pris la responsabilité en 2007, devenant ainsi le septième titulaire du poste après Fricsay, Maazel, Chailly, Ashkenazy et Nagano. Il a choisi un programme conséquent avec le Concerto pour violon de Beethoven joué par le grecque habitué des scènes parisiennes, et la version complète de 1910 de L’Oiseau de feu de Stravinski.

Par sa durée et l’ampleur de son développement, le premier mouvement du Concerto pour violon de Beethoven est, comme presque tous les premiers mouvements beethovéniens, le plus riche de l’œuvre, et de sa réussite dépend le succès global de l’interprétation. Ce soir, c’est justement cet Allegro qui nous a semblé quelque peu en retrait d’une part à cause d’une introduction orchestrale honorable mais sans relief particulier, mais aussi par le jeu un peu heurté au légato incertain du violoniste qui l’empêcha d’atteindre les sommets d’émotion qu’on est en droit d’attendre dans cette sublime pièce. A certains moments nous avions même le sentiment que partie soliste et accompagnement orchestral étaient indépendants. Cette indécision expressive dura toute l’exposition, comme si celle-ci devait servir d’échauffement, et ce n’est qu’à partir du développement que le violoniste trouva un meilleur équilibre et un ton plus affirmé. Après ce premier mouvement sur la réserve, vint un Larghetto plus engagé dans la recherche de l’émotion au moyen du ralentissement du tempo et de la suspension du temps. Reconnaissons que cette fois-ci les interprètes ont assez bien réussi dans leur entreprise, parvenant à tenir ces longs phrasés où le legato ne faisait plus défaut, le soutenant avec justesse et simplicité. L’attention de l’auditeur était ainsi captivée malgré ce choix de tempo qui, sans être extrême, était néanmoins risqué. Retour à la «normale» pour le Rondo Allegro final, fort bien enlevé, qui entraina les applaudissements enthousiastes du public, auquel le violoniste offrit en bis un extrait, au temps suspendu, de la Sonate n°2 de Bach.

L’orchestre qui avait montré avant l’entracte de fort belles qualités et une sureté d’exécution bien allemande démontra tout son potentiel dans un solide Oiseau de feu. Si les solistes furent sans reproche, c’est avant tout l’homogénéité d’ensemble qui frappait, avec une cohésion entre les pupitres tout à fait remarquable. Cela avait toujours été une qualité des orchestres de culture allemande, comparés aux orchestres latins par exemple, mais le concert de ce soir montra une fois de plus que ce n’est ni une légende ni un mythe, comme le prouva déjà ici même il y a moins d’un an, son orchestre frère, le RSO Berlin de Marek Janowski. D’ailleurs la ressemblance esthétique entre les deux orchestre de la radio de Berlin est assez frappante. Ingo Metzmacher se montra immédiatement plus à son aise et décisif dans l’introduction du ballet qu’il ne l’avait été dans celle du concerto. Il réussit à donner une belle ampleur à son interprétation sans faute ni faiblesse mais aussi sans ce petit grain de folie qui aurait apporté, sur les moments les plus virtuoses et exigeants, un frisson supplémentaire. Mais cela restait «du fort bon boulot», réflexion que nous avait déjà inspirés le concert du RSO évoqué plus haut. Oserons nous dire que la seule faute de gout fut un bis lourdingue, pâle ersatz des pétillantes marches straussiennes, ce soir un peu panzer division, avec un Korngold quelque peu hors sujet dans un programme de si haut niveau.

Crédit photographique : Ingo Metzmacher © Mathias Bothor