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La Fille de l’ouest à San Francisco : spaghetti sauce ketchup

Secrètement attendu comme l’opéra qui forgera une nouvelle identité musicale américaine, La Fanciulla del West de Puccini, commande du Met de New York, est finalement resté seul en son genre et sporadiquement joué. Pour son centième anniversaire, l’Opéra de San Francisco met à l’honneur cette œuvre «locale» ancrée dans l’histoire californienne – La ruée vers l’or – où les noms de San Francisco, Sacramento et Wells Fargo sont une musique du quotidien.

L’héroïne, Minnie, mène une vie modeste parmi les mineurs désabusés dont Puccini fait une panoplie de personnages. Il a de la tendresse pour ses âmes à la dérive que seule Minnie semble pouvoir sauver du naufrage. Brouillonnes et illisibles, les scènes de groupes manquent de direction. Sous la baguette de , l’orchestre est expressif, puissant mais la scène ne partage pas toujours son énergie. De plus, les voix, engoncées dans leurs lignes mélodiques interminables, luttent pour se faire entendre.

, Minnie au charme maternel, ne convient que partiellement au rôle. Ses aigus sont lumineux mais le registre médium – le plus sollicité –, peu coloré. Une fougue soudaine la magnifie dans la partie de cartes (fin de l’acte II) où elle met sa vie en jeu. Là, son personnage gagne aussi en profondeur mais dans l’ensemble, l’émotion est à peine esquissée. Le ténor italien ne brille pas davantage vocalement. Son Dick Johnson est plaisant, fébrile, mais sans blessures, sans histoire et sans passé. Chez Puccini, le sentiment tragique est essentiel et ces interprétations en ont cruellement souffert l’absence. Sans la projection et le sens du phrasé de – le shériff Rance , le prétendant éconduit mais bienveillant, la distribution aurait manqué d’interprètes avertis.

La proximité géographique d’un sujet a ses revers et cette version en fait les frais. La crédibilité a été mise à l’épreuve par des situations (et costumes) frôlant le ridicule même si on passe un bon moment face aux décors soignés et grandioses. Il n’y a pas de méprise : l’Opéra de San Francisco a annoncé cette production comme le «Western spaghetti» des origines et c’est dans cet esprit qu’elle a été servie. Cet opéra n’est ni Tosca ni La Bohème et pour parvenir à son plein potentiel – et, somme toute, contrôler les rires du public – il faut bien plus. Bien plus qu’un bon orchestre, de bon chanteurs et des décors qui flattent l’imaginaire. Il faudrait, comme la dernière fois en 1979, penser à un Plácido Domingo ou, tout simplement, en faire quelque chose d’exceptionnel.

Crédit photographique : (Minnie) ; (Jack Rance), Deborah Voigt (Minnie) & (Dick Johnson) © Cory Weaver

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