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De grands enregistrements à petits prix

Sony Opera House lance une nouvelle salve de rééditions CD à petit prix qui ravira les mélomanes, tout du moins ceux qui ne sont pas rebutés par les désavantages inhérents aux collections économiques : boîtiers pas franchement attirants, coupures intempestives pour faire tenir l’ensemble sur un minimum de place, plaquette minimale ne comportant que la liste des plages et un synopsis en anglais, français, allemand, bourré d’erreurs et de fautes de traduction.

Ceci posé, on trouve dans cette dernière livraison quelques enregistrements à ne pas manquer, à commencer par un Orfeo ed Euridice datant de 1965 avec la radieuse Anna Moffo dans le rôle principal. Comment ne pas succomber au charme de ce timbre magique, d’autant plus que son amante est la grande Shirley Verrett ! Renato Fasano à la tête de son orchestre I virtuosi di Roma prouve qu’il n’y avait pas besoin d’attendre la renaissance baroqueuse pour trouver l’articulation, la pulsation, le ton justes. Une merveille.

Tout aussi indispensable, mais moins rare, la Cendrillon de Massenet de 1979, sous la direction de Julius Rudel. Frederica Von Stade est une bien gracieuse héroïne ; Jane Berbié, Jules Bastin et Ruth Welting sont irréprochables. Tout au plus pourra-t-on reprocher l’attribution du rôle du prince à un ténor, Nicolai Gedda, un peu usé de timbre, alors que le rôle est écrit pour une mezzo. Il s’agit, hélas, de la seule intégrale sur le marché, alors que l’œuvre semble connaître un regain d’intérêt sur les scènes lyriques, et nécessiterait bien une gravure moderne à l’occasion de l’année anniversaire de Jules Massenet, en 2012.

Excitant également, un Macbeth de 1959 avec les forces du Met, et l’un de ses plus grands barytons, Leonard Warren, dont le timbre a un peu perdu de son émail (il devait décéder sur scène, l’année suivante) mais quel formidable diseur ! Sa lady, Leonie Rysanek, possède un tempérament de feu, qui fait passer ses aigus douloureux. Carlo Bergonzi et Jerome Hines sont ce qui se fait de mieux en Macduff et Banco, le tout sous la direction d’Erich Leinsdorf.

On n’a jamais compris ce qui avait poussé Claudio Abbado à réenregistrer Il viaggio a Reims si peu de temps après le coup d’éclat de la redécouverte de l’œuvre à Pesaro, dans une distribution quasi-identique, alors que les quelques modifications ne vont pas dans le sens de l’amélioration, et qu’il y manque l’excitation, la légèreté, de l’événement unique. Quoiqu’il en soit, l’un ou l’autre sont inévitables dans toute discothèque respectable.

Plus dispensable, mais agréable, I Capuleti e i Montecchi de 1998, sous la direction martiale de Roberto Abbado. Vesselina Kasarova, malgré ses registres dissociés et ses graves gutturaux, est moins insupportable en Romeo qu’en d’autres occasions, et Eva Mei est une charmante Giulietta, bien chantante, sans beaucoup de caractère. Simone Alberghini est un Lorenzo de classe, et le formidable Ramon Vargas un Tebaldo de grand luxe. Un troisième CD propose des extraits de Giulietta e Romeo de Nicola Vaccai, contemporain de Bellini, dont la Malibran intercalait des extraits pendant ses représentations.

A réserver aux collectionneurs haendéliens, ou aux fans de René Jacobs, un Alessandro de 1985. Le chef d’orchestre n’était alors que contre-ténor, et si sa technique, son art de la trille, son sens des couleurs forcent l’admiration, ils ne font pas tout à fait oublier un timbre ingrat. Isabelle Poulenard et Sophie Boulin sont ravissantes, petites et interchangeables, les autres interprètes oubliables. Tous, y compris Sigiswald Kuijken, nous font ressentir à quel point l’interprétation baroque a progressé en un peu moins de vingt ans, ayant intégré dorénavant les notions de dramatisme et d’hédonisme. De plus, l’œuvre n’est pas l’une des plus accomplies de Haendel. Bref, on s’ennuie ferme, sans avoir de reproche particulier.

Complètement dispensable pour terminer, un Don Pasquale de 1994, avec pourtant une distribution de choix : Renato Bruson, Eva Mei, Thomas Allen et le météorique Franck Lopardo. Tout est en place, les mécaniques sont bien huilées, et pourtant aucune flamme, aucune vie ne passe dans ces interprétations plus que routinières, voire alimentaires : on se croirait au guichet de la poste le jour de la distribution des allocations familiales ! Un détail, qui n’en est pas un, en dit long : ni la soprano, ni le ténor, ne font d’aigus conclusifs, comme s’il s’agissait d’assurer plus que d’enflammer !

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