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San Francisco, David Hockney décape Turandot

Reprise très attendue de cette Turandot mise en situation par le peintre , enfant chéri d’Hollywood, et dont nous avons déjà, en son temps, et ailleurs, loué l’extrême efficacité. Très attendue également pour ses éclats, sa brillance, ses éclaboussures de couleurs, intenses et brutaux dont le mordant vous agresse, vous « sonne » tel un poing en plein visage : un seul exemple, le palais de l’acte II, aux longues et immenses murailles rouge-aigres, rouge-perçants, rouge-sangs, mais nuancées par un insolite et mirifique toit vert-jade.

Bref, Hockney joue des décors et des costumes, des tons et des teintes avec une virtuosité, un panache impressionnants. On s’y attendait, bien sûr, lorsque l’on connaît cet artiste. Hockney voulait à tout prix, aurait-il déclaré quelque part, éviter ces « chinoiseries » de mille productions passées, au moins les occulter. Il dégraisse, il épure, mais il conserve (et avouons-le, pour notre délectation) : l’outrance, la brutalité, certains excès, voire un certain clinquant.

, qui succède, sur la scène du San Francisco Opera à Eva Marton -1993, -1998, -2002  (… et ceci sans remonter aux années 30 … mais sans oublier non plus la Caballe en1977) aborde sa Turandot avec d’infinies précautions, et même avec circonspection, privilégiant dans l’In questa reggia  le lyrisme, la mezza voce, les pianissimi, admirablement filés.  Côté drame, l’endurcie, qui renâcle et se dérobe à qui mieux-mieux tout au long du conte, saura fondre au moment opportun et nous émouvoir. , à la voix solide et péremptoire, à l’aigu robuste et tranchant campe ce soir un très, très bon Calaf. Au petit jeu de la devinette, il saura débusquer le mythe et triompher. Précise et lyrique, la Liu de négocie ses interventions avec un aplomb déconcertant…. mais la voix reste encore bien verte et, affligée d’un vilain vibrato, pourrait  contrarier.  Hyung Yun, , Daniel Montenegro font d’excellents et juteux Ping, Pang, Pong. Joseph Frank, lui, a fait sien depuis des années le rôle d’ Altoum  in loco. Une autre grosse présence, celle de , Timur.  Les choeurs étonnent, fracassants et terrifiants. Au pupitre , Musical Director de la maison depuis deux ans, dirige cette Turandot avec idiomatisme et amour.