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Un Messie policé au Théâtre des Champs-Elysées

Quel meilleur moyen d’attendre Noël que d’écouter Le Messie, comme on le fait dans tous les pays anglophones ? Les artistes britanniques se produisent dans les très beaux décors, couverts de signes ésotériques, de William Kentridge et Sabine Theunissen, installés pour La flûte enchantée qui se donne en même temps. C’est d’ailleurs l’idée d’un Messie des Lumières qui s’impose, l’expression d’une religion éclairée et naturelle. Claveciniste distingué, Lawrence Cummings agrémente récitatifs et airs sans excès, tout comme les solistes ornent les reprises avec un goût qui n’a rien du maniérisme ultramontain. Même sobriété chez les membres de l’ : les deux hautbois et les deux bassons se fondent dans la sonorité très lisse des 24 cordes, et l’uniformité guette d’autant plus que l’articulation n’est pas toujours vigoureuse. Heureusement, le chœur, plutôt réduit (22 adultes), soutient l’intérêt grâce à des voix jeunes et moins homogènes, mais plaisantes dans leur ensemble. La diction, la dynamique et la justesse sont très satisfaisantes, dans un style également tenu.

Les quatre solistes montrent les mêmes qualités de sérieux et d’efficacité, sans convaincre tous au même degré. se tire avec bravoure de ses interventions, qui demeurent cependant sèches de timbre et d’expression. La trompette qui dialogue avec lui est excellente. livre un chant soigné et recueilli, mais un peu trop propret pour émouvoir. déçoit par un manque de projection et de lumière, mais elle fait preuve d’une éloquence indéniable. C’est finalement qui touche le plus, tour à tour suave et héroïque, toujours présent et expressif. Et comme tous les musiciens font preuve d’une discipline remarquable, comme le chef conduit avec allant, mais qu’il sait aussi souligner les contrastes et les moments significatifs, l’œuvre atteint son effet, tout au moins en ce qu’elle laisse admirer la perfection de sa substance et de ses proportions.

Crédit photographique : © Marco Borggreve