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Une production de Manon indigne de l’Opéra de Paris

À l’heure où l’Opéra de Paris se félicite des bons chiffres pour 2011 concernant le taux de remplissage, les recettes de billetterie, la Grande Boutique présente en ce début d’année 2012 Manon (1884) de Massenet à l’occasion du centenaire de la mort du compositeur stéphanois, un choix certainement judicieux commercialement parlant, mais guère audacieux.

Pour cette nouvelle production, la mise en scène a été confié à la cinéaste (entre autres) , cette dernière ayant opté pour une approche résolument décalée et (faussement) provocante jouant sur le mélange des époques (décors, accessoires, costumes, coiffures…) : un concours de laideur, de lourdeur, de vulgarité, agrémenté de pitreries et une nouvelle illustration de la « malscène » dans l’opéra qu’a bien épinglée Philippe Beaussant dans son essai éponyme (Fayard, 2005). Les chanteurs sont assez peu dirigés, souvent statiques face à la scène, les choses s’améliorant heureusement au dernier acte, lorsque Manon, qui passe de la frivolité, superficialité à la mélancolie, meurt dans les bras de son amant, le Chevalier Des Grieux, dans un décor dépouillé. Du côté de la direction musicale, les choses ne sont guère plus réjouissantes : outre les regrettables coupes, suppressions de passages qui nuisent à la cohérence de l’opéra, on ne retrouve pas sous la baguette d’ la délicatesse, la poésie, la sensualité de l’écriture de Massenet. Le plateau vocal est assez contrasté : au registre des satisfactions, les rôles secondaires, tous bien distribués, notamment en Comte Des Grieux, et , en Lescaut, jouant pleinement la carte du second degré voulu par . déçoit en Chevalier Des Grieux : peu de nuances, tout en force, il a tendance à s’époumoner du début à la fin de l’œuvre. campe quant à elle une Manon en deçà de ce qu’elle a pu faire par le passé à Genève ou à Barcelone. Même si les aigus restent impressionnants, les médiums et graves sont bien faibles (volume, projection…) et la soprano manque de charisme, de présence scénique, d’autant plus que le spectacle est proposé dans la grande salle de Bastille et non à l’Opéra Garnier où il aurait eu plus sa place.

Une production décevante en cette année Massenet et indigne d’une scène comme l’Opéra de Paris : à oublier bien vite.

Crédit photographique : © Charles Duprat/Opéra de Paris

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