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La Malscène de Philippe Beaussant

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La Malscène. Philippe Beaussant. Éditions Fayard. 174 pages. 13€ TTC. N° ISBN 2-213-62708-8. Octobre 2005

 

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Après la malbouffe, la malscène. Le musicologue et romancier livre un pamphlet qui serait un brûlot s’il avait eu l’audace d’agrémenter ses colères des noms de ces metteurs en scène qui lui gâchent ses plaisirs. Mais la liste serait trop longue et ceux qu’il vise ne méritent certainement pas d’avoir leur nom imprimé dans un livre.

Chaque amateur d’opéra reconnaîtra les «mis en cause» lorsque l’auteur demande un théâtre «avec des mouvements et des gestes qui ne soient pas ceux de marionnettes désarticulées, ou de gymnastes à l’entraînement» ou «Chérubin n’a pas besoin de danser le hip-hop pour nous faire comprendre qu’il est jeune» ou encore, qu’il n’a pas besoin qu’on recrute «un professionnel du porno bien équipé, pour que Tannhäuser soit enfin Tannhäuser. Ce n’est ni par pudeur, ni par moralisme, mais parce que, comme disait Hœderer à la fin des Mains sales, «c’est trop con !». laisse éclater sa colère parce qu’il en a assez de ces décors qui n’en sont pas. De ces échelles d’il y a deux ans qui encombraient systématiquement les scènes d’Aix, de Paris ou de Berlin. Des échelles qui remplaçaient les caravanes de l’année précédente et qui ont laissé la place aux tubes néon de cette année. Assez de ces metteurs en scène qui se copient mutuellement. Assez de ces opéras où le public applaudit les chanteurs, le chef d’orchestre, l’orchestre, les choristes et où, finalement, il conspue les metteurs en scène, les «uniformiers» (nouvelle appellation contrôlée du costumier !) et les décorateurs.

Avec une plume aiguisée et un humour irrésistible dans la description des inepties scéniques auxquelles il a assisté, Philippe Beaussant dresse un portrait peu flatteur du monde lyrique actuel. Dans quelques chapitres, plus calmes, l’auteur tente d’expliquer les différents paradoxes qui conduisent à la difficulté de mettre en scène la musique lyrique. Paradoxes principalement cernés par la non-distanciation évidente de la musique par rapport à l’action théâtrale. Ces pages plus doctes semblent amener l’auteur vers un cours magistral. Mais, la colère reprend bientôt le dessus. Lorsque certaines soirées lyriques particulièrement croustillantes lui reviennent en mémoire, la moutarde lui remonte au nez. Alors il ne peut s’empêcher de narrer avec verve, un certain Orphée et Eurydice de Gluck. Trente pages de pur bonheur comique et de description surréaliste.

En exhortant les musiciens à faire le dos rond, à n’accepter de ne se soumettre qu’à la seule musique, Philippe Beaussant sème l’espoir que la conscience du spectateur et du musicien vaincra la toute puissance des metteurs en scène actuels. Vœu pieux qui ne verra sa réalisation que dans la décision du public de ne plus se faire «pigeonner» par ces fabricants d’esbroufe, petits dictateurs et potentats des théâtres lyriques (et autres) qu’on nomme metteurs en scène.

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La Malscène. Philippe Beaussant. Éditions Fayard. 174 pages. 13€ TTC. N° ISBN 2-213-62708-8. Octobre 2005

 
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