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Fanny Ardant incarne la Cassandre de Michael Jarrell

On se souvient de la création de Cassandre de en 1994 au Théâtre du Châtelet avec, au côté de l’, la récitante/comédienne Marthe Keller sous la direction de David Robertson ; puis la version scénique et gravée en 2009 d’Astrid Bas dirigée par alors que le monodrame connait plusieurs adaptations, allemande, anglaise, finlandaise…En octobre 2011, l’ invite à la Cité de la musique pour une nouvelle version de concert, celle qui était redonnée dans l’Auditorium de Lyon le week-end dernier, dans le cadre de la résidence de à la Biennale Musiques en Scène.

Monodrame ou Sprechoper (opéra parlé) comme le désigne le compositeur suisse/allemand , Cassandre se coule dans un format atypique où le texte parlé doit s’adapter à la musique, celle-ci influant sur la parole et ses différents débits. Inspiré d’une lecture de l’Agamemnon d’Eschyle, le texte de Christa Wolf se concentre sur le destin individuel et la solitude extrême d’une femme attendant la mort alors qu’elle a déjà perdu tous les siens. Fille de Priam et d’Hécube, punie par Apollon dont elle a fui les avances, elle avait le don de prophétie mais non celui de persuasion: « Apollon te crache dans la bouche, cela signifie que tu as le don de prédire l’avenir. Mais personne ne te croira » scande-t-elle au fil d’une narration/déploration qui, pour le compositeur, s’apparente à une longue coda « baignée de la lumière du couchant ». Le texte qui défile sur le flux dramaturgique de la musique et le sens que l’une et l’autre véhiculent sont captés par l’auditeur dans une même réalité sonore d’un pouvoir d’envoûtement indicible; on le devait ce soir à la présence rayonnante autant que saisissante de , pieds nus et superbe dans sa stature de grande prêtresse tragique. Légèrement amplifié comme le reste du plateau, et dans un dosage idéal, son timbre singulier – et une élocution parfaitement maîtrisée – permettait d’entrer dans ce texte foisonnant et d’en apprécier la force évocatrice autant que les résonances contemporaines. Les deux interventions de l’électronique modifiant la temporalité et l’espace du récit sont autant de reliefs donnés à la dramaturgie. Fruit d’un long mûrissement, l’interprétation soutenue de l’EIC sous le geste irréprochable de contribuait pleinement à l’émotion, ressentie avec une rare intensité durant les 50 minutes de ce chef d’œuvre absolu.