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La jeune Lakmé de l’Opéra de Saint-Étienne

La grande qualité de la mise en scène de cette Lakmé, coproduite avec l’Opéra de Lausanne (en octobre 2013) et l’Opéra-comique (en janvier prochain) est de ne pas succomber aux travers de l’orientalisme de pacotille.

Ainsi assiste-t-on à un spectacle qui ne fera pas visuellement date, mais qui a le mérite de dépoussiérer un opéra trop souvent vu au travers du regard de nos grands-mères, et des prestations de le dimanche après-midi sur les téléviseurs de notre adolescence.
Les décors, en structure légère, ne sont pas particulièrement  jolis à regarder, mais au moins ont-ils le mérite d’être sobres. Les costumes, tout aussi frugaux, sont plus réussis, et refusent eux-aussi l’exotisme facile. L’action, surtout, est replacée, parfois maladroitement, au regard d’un colonialisme triomphant revu par notre époque : exaction des soldats anglais, incompréhension de la civilisation indienne de la part des occupants… tout est, de toutes façons, en germe dans le livret.

C’est donc de la musique que viendra la majeure satisfaction de la soirée, en tout premier lieu avec la direction de , qui traite la partition avec le respect qui lui est dû. L’orchestre sonne clair et subtil, sans aucune trace de clinquant, avec des accents passionnés qui font parfois penser à du Massenet.

La distribution, très jeune, est à fondre de plaisir. est aussi jolie à regarder qu’à entendre, avec un timbre nourri, y compris dans le médium, ce qui n’empêche ni l’agilité des vocalises, ni la facilité du suraigu. Son interprétation du célèbre air « des clochettes » ne relève en rien d’une démonstration de bête de foire, on y sent le frémissement de la vie, la terreur du père, l’incertitude de l’amour…

a fait bien du chemin depuis qu’on l’avait repéré au concours de chant de Clermont-Ferrand, en 2009. Il incarne ici un amoureux quasi-adolescent, passionné comme on ne l’est qu’à cet âge, sans souci des conséquences. Sa voix a pris beaucoup d’ampleur, et sa façon délicieuse de prononcer les « e » muets, de rouler les « r », sa science des sons filés ressemblent à un hommage à ses grands prédécesseurs. Il devrait néanmoins veiller à chanter un peu moins souvent en force.

Sa compagne de promotion à l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris, , est un véritable miracle en Mallika, au point qu’on regrette sa disparition dans les deux derniers actes. Pourquoi donc n’a-t-il pas pensé à lui composer un air ?

est un Nilakantha sonore, mais tout d’une pièce, manquant à la fois d’autorité et de tendresse.

Des seconds rôles, on retiendra surtout l’impeccable , qui donne une épaisseur insoupçonnée au personnage de Frédérick, et l’inusable en mistress Bentson, qui semble beaucoup s’amuser.

La distribution de l’Opéra-Comique sera, à quelques exceptions près, entièrement renouvelée. Sera-t-elle aussi excitante ?

Crédit photographique : © Charly Jurine / Opéra Théâtre de Saint-Etienne

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