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Les Puritains investissent la Bastille

Cette première de I Puritani a été très applaudie par le public de l’Opéra Bastille. Etait-ce par le retour en grâce d’une œuvre qui n’avait jamais été donnée à l’Opéra National, sauf en sa succursale de l’Opéra Comique en 1987 ? En raison de l’attrait d’une distribution plus que satisfaisante ? Du côté consensuel d’une mise en scène ni inventive, ni choquante ? Probablement par un mélange des trois, de la part d’un public blasé par des ratages en série, content de retrouver un minimum de qualité sur la première scène de France.

Le spectacle, en effet, se laisse regarder et écouter avec grand plaisir. La direction de y est pour beaucoup, fluide, homogène, avec des tempi très justes.
Pour la première fois depuis fort longtemps en ces lieux, le metteur en scène n’a pas été hué, et même au contraire très applaudi. Pourtant, force est d’avouer qu’on a connu bien plus éclatant. Dans un décor gris de treillages, stylisant d’assez belle manière un château, l’action se déroule à la fois sans heurts et sans surprises. Les costumes, dans des tons noirs et beiges, sauf l’éblouissante robe blanche d’Elvira, sont d’époque. Les protagonistes entrent, sortent, expriment leur affect dans des déplacement bien réglés. Pas de quoi se pâmer, pas de quoi s’outrer non plus. C’est une vision un peu tiède, où l’on évite cependant de s’ennuyer.

La distribution, sans être électrisante, est agréable à entendre. On attendait avec impatience, trop sans doute, les débuts de à Paris. Le timbre est beau, nourri, mais hélas, certains aigus sont incertains, les vocalises savonnées, les trilles absentes, et la caractérisation dramatique un peu trop faible. Nul doute que cette jolie interprète fasse fureur en Mimi ou Desdemona, mais on préfère pour notre part une Elvira vocalement plus folle, comme l’a été l’an dernier au théâtre des Champs-Elysées.

Dimitri Korchak est un Arturo de grand luxe, parfaitement crédible, élégant, faisant montre d’une ligne exemplaire, d’aigus chauds et vaillants. Tout aussi satisfaisants le Giorgio de , qui n’a plus rien à démontrer de sa science du belcanto, et le Riccardo autoritaire et brillant de Marius Kwiecien. Dans le petit rôle d’Enrichetta, parvient à se faire remarquer.

Il est un dernier intervenant dont on voudrait clamer les louanges, c’est le , d’un son, d’une sûreté musicale et scénique, absolument magnifiques !

Crédit photographique : (Sir Giorgio) et (Elvira): Opéra national de Paris/ Andrea Messana