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Pelléas et Mélisande à l’Opéra Comique

Pelléas et Mélisande, l’unique opéra achevé de , est à l’affiche à l’Opéra Comique, dans une reprise de la production de 2010, qui avait été un succès. Cette production, portée par des musiciens de qualité et une mise en scène simple et efficace, est en effet une réussite.

Le metteur en scène, , ne prend aucun risque, et donc fournit une mise en scène correcte sans être particulièrement marquante, et qui peut même paraître un peu simpliste. L’idée d’utiliser des volets en bois, très opaques, pour toutes les scènes intérieures, est bonne, car elle renforce l’idée d’oppression, d’austérité du château dans laquelle l’action se déroule. On comprend d’autant mieux pourquoi Mélisande ne s’y sent « pas heureuse ». Cependant, ces volets auraient gagné à être mieux mis en valeur et plus utilisés. D’autres petites trouvailles de mise en scène (comme le phare multi-usage) sont les bienvenues, mais cela ne va pas plus loin. Cependant, la direction d’acteurs est très précise et globalement excellente. Elle sert très bien le texte de Maeterlinck et le met en valeur, lui apportant une certaine cohérence qui parfois lui manque, sans pour autant dissiper tous ses mystères.

Le jeu d’actrice de Karen Vourc’h en Mélisande est convaincant dans un rôle difficile : elle mêle habilement les différents aspects de son personnage, à la fois innocent, séducteur et perdu. Le roi Arkel () se retrouve assis dans une chaise roulante en guise de trône, symbole de son impuissance dans le drame. Golaud a clairement le rôle du « méchant » de l’oeuvre, et à cause de cela le personnage est traité par de manière un peu caricaturale (même si la caricature est convaincante), alors qu’il peut être vu de façon plus complexe que cela. , en Pelléas, joue bien le jeune homme qui, tout d’abord, légèrement prude, ne comprend pas les avances de Mélisande, puis qui, dans une seconde partie, y succombe corps et âme.

La musique fut clairement le point fort de la soirée. Les chanteurs furent dans l’ensemble très satisfaisants, et leur diction exemplaire. La voix de Karen Vourc’h avait parfois un peu trop de vibrato pour un rôle qui s’en passerait complètement, mais c’est bien le seul petit bémol qu’on peut apporter à sa prestation de très bonne qualité. possède une voix jeune et énergique qui correspond bien au personnage de Pelléas. Il était agréable à écouter dans les parties piano, mais malheureusement dès qu’il dépassait le mezzo forte, il forçait sa voix, qui devenait donc trop dure. fut irréprochable en
Golaud, sa voix puissante et chaude convenant parfaitement au rôle. Mais la voix la plus marquante fut celle de , une magnifique voix de basse qui nous a fait regretter qu’Arkel n’ait pas plus de texte (malgré un tout petit peu de dureté dans les premières phrases). De même, la voix de (Geneviève), assez acide dans la première scène, devint bien plus ronde et belle dans les scènes suivantes. Enfin, Dima Bawab possède une voix au caractère très jeune particulièrement appropriée au rôle d’Yniold, dont elle a très bien rendu le caractère primesautier.

Pour terminer, l’orchestre des Champs-Elysées et l’ensemble Accentus firent très correctement leur travail, étant un chef discret et efficace.

Crédit photographique : Karen Vourc’h (Mélisande) et Phillip Addis (Pelléas) © Elisaeth Carecchio