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Sensation au Met, le Prince Igor de Tcherniakov

Avec cette nouvelle version du Prince Igor, Dimitri Tcherniakov signe une des plus belles mises en scène.

Cette production avait été la sensation de la saison new-yorkaise 2013-2014. Pour la première fois depuis 1917 on redonnait au Met Le Prince Igor, qui plus est dans une version entièrement revisitée, débarrassée des kitscheries rajoutées après coup, suite à la mort de Borodine, par Glazounov et Rimski-Korsakov. On se souvient que sur les 710 pages de la partition, 185 seulement avaient été écrites de la main de Borodine. Dans leurs choix esthétiques de privilégier le drame aux dépens de la pompe et du grand spectacle, les maîtres d’œuvre de cette réalisation, le chef d’orchestre et le metteur en scène , proposent ainsi de la partition une version épurée et entièrement restructurée, y intégrant notamment des extraits de musique de Borodine qui avait été bizarrement rejetés par Glazounov et par Rimski-Korsakov.

Le résultat est absolument époustouflant, et la partition dans sa nouvelle mouture souligne toutes les qualités théâtrales et musicales d’un ouvrage, un des plus beaux opéras russes du XIXe siècle, qu’on ne demande qu’à redécouvrir. Le travail exemplaire opéré par l’orchestre et le par chœur du Met rappelle par ailleurs les incroyables progrès accomplis par cette institution au cours des deux dernières décennies.

La mise en scène de , sans doute une de ses plus réussies, est d’une intelligence et d’une beauté à couper le souffle. Essentiellement centrée autour de la figure d’Igor et de son rôle dans les sphères publique et privée, elle propose une réflexion mesurée et aboutie sur le sens du pouvoir et de la responsabilité politique. L’utilisation puissante et subtile de l’outil vidéo permet d’assurer avec un rare bonheur les transitions entre les différents tableaux de l’ouvrage, ce qui est a priori n’était pas gagné d’avance. On n’oubliera pas de sitôt le sublime champ de coquelicots du premier acte, cadre de la vision onirique, voire érotique, d’un Igor au bord du gouffre. Des spectacles comme cela, on en redemande.

Essentiellement composée de chanteurs slaves, la distribution ne contient aucun maillon faible, même si elle entièrement dominée par la figure écrasante, physiquement et vocalement d’un en état de grâce. À ses côtés brillent aussi tout particulièrement la basse slovaque , ainsi que le ténor . Les autres interprètes sont plus routiniers sur le plan vocal, à l’image de la mezzo géorgienne et de la basse russe . S’ils trahissent certains défauts inhérents à la majorité des chanteurs slaves – on déplorera notamment quelques stridences pour le soprano d’, digne Iaroslavna –, ils font tous montre d’un engagement sans faille qui fait honneur à cette remarquable production.

Décidément, l’époque du Met et de ses mises en scènes ringardes et superficielles est bel et bien révolue.

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