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Favart fête l’opérette

Pour la troisième saison consécutive, l’Opéra-Comique continue l’aventure de l’Académie avec six jeunes chanteurs de haut niveau.

Cette année, six chanteurs (trois sopranos, une mezzo-soprano, un ténor et un baryton) ont été sélectionnés pour composer une troupe d’élites en faveur du chant français. L’Académie a présenté ses premiers récitals avec des airs d’opérettes, en diapason avec le tricentenaire de l’Institution qui programme trois opérettes en 2014-2015 : La Chauve-Souris, Ciboulette et Les Mousquetaires au couvent.

Comme à l’accoutumée, le programme est parsemé de perles qui sont devenues hélas trop rares : c’est le cas de Malvina de Reynaldo Hahn, Mr de la Palisse de Claude Terrasse, Cyprien, ôte ta main de là d’André Messager, Les Saltimbanques de Louis Gannes, Comtesse Maritza de Emmerich Kálmán, Le cœur et la main de Charles Lecoq, et Les Aventures du roi Pausole d’Arthur Honegger.

Les deux voix masculines, Safir Behloul et Ronan Debois, déjà membres de la première promotion de l’Académie en 2012-13, reviennent avec plus de maîtrise et de profondeur, tant sur la technique vocale que sur les jeux de scènes. Ronan Debois, malgré sa voix « ancrée » qui convient tout à fait à un rôle dramatique, ne tombe jamais dans la lourdeur ; en duo et en trio, il établit des dialogues lyriques convaincants avec ses partenaires. Safir Behloul, bien que ténor, peut se présenter comme un baryton par le timbre et la couleur, mais aussi parce qu’il a montré quelque  fatigue dans les aigus. Par ailleurs, ses mimiques semblent appréciables sur une scène de théâtre plutôt que dans un espace intime comme le foyer de la Salle Favart.

Pour les voix féminines, Eléonore Pancrazi, la seule « non soprano » de la promotion, impressionne avec l’air de Diane des Aventures du roi Pausole : sa voix s’étire au grès de sauts d’intervalles et de glissements de notes (qui ne sont pas à proprement parler des glissandi) subtiles, avec grande sensualité, alors que dans « Ah, que j’aime les militaires » d’Offenbach, on sentait qu’elle n’avait pas encore de naturel nécessaire, notamment dans la construction de certains phrasés. Anne-Marine Suire, à la voix cristalline proche de colorature, offre un bel exemple de vocalises avec le « Boléro » du Cœur et la main de Lecoq. Son timbre serait également bien adapté au répertoire baroque, d’autant qu’elle a une diction très claire. Valentine Martinez a une voix à la fois un peu « voilée » et suave, lui conférant un caractère très personnel, à quoi s’ajoute un jeu d’actrice confirmé (elle a créé sa propre compagnie pour des spectacles mélangeant théâtre, danse contemporaine et opéra), que nous apprécions beaucoup. Jodi Devos, que nous avons entendue en décembre dernier dans La Chauve-Souris à la Salle Favart dans le rôle d’Ida (sœur d’Adele), se distingue par sa technique, sa couleur et sa virtuosité. Deuxième prix du Concours Reine Elisabeth en 2014, elle a une présence évidente sur scène et impose son art avec grand naturel.

Il y a un petit humour dans l’ordre du programme : par exemple, après le « couplets de l’éponge » d’Audran, chantés par valentine Martinez, Ronan Debois présente « Valentine a perdu la tête » de Messager (extrait de L’Amour masqué) ! Le pianiste Emmanuel Christien accompagne accompagne tous les chanteurs de sorte qu’ils peuvent déployer pleinement leur capacité ; ceux-ci ont une diction remarquable, bien adaptée à leur voix ; on voit là le travail offert par l’Académie que l’on ne félicitera jamais assez.

Crédit photos : Eléonore Pancrazi, Anne-Marine Suire, Valentine Martinez ; Jodie Devos © D.R.

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