La Chauve-Souris en français ouvre la 300e saison de l’Opéra-Comique

La Scène, Opéra, Opéras

Paris, Opéra-Comique, 20-XII-2014. Johann Strauss fils (1825-1899) : La Chauve-Souris, opérette en trois actes sur un livret de Karl Haffner et Rochard Genée, d’après La Réveillon de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, nouvelle version française de Pascal Paul-Harang.
Mise en scène : Ivan Alexandre ; Décors : Antoine Fontaine ; Lumière : Hervé Gary ; Chorégraphie : Delphine Beaulieu. Avec : Stéphane Degout (Gabriel von Eisenstein) ; Chiara Skerath (Rosalinde) ; Sabine Devieilhe (Adele) ; Philippe Talbot (Alfred) ; Florien Sampey (Maître Falke) ; Franck Laguérinel (Frank) ; Kongmin Justin Kim (Prince Orlofsky) ; Christophe Mortagne (Maître Miro) ; Jodie Devos (Ida) ; Atmen Kelif (Frosch). Orchestre et chœur : Musiciens du Louvre Grenoble. Marc Minkowski, direction.

LA CHAUVE-SOURISL’Opéra-Comique, qui fête ses 300 ans, frappe fort. Défenseur de l’art du chant français, il présente, pour l’ouverture de cette saison phare, une Chauve-souris en français par des chanteurs de premier ordre.

Cette nouvelle production est réjouissante sur tous les plans, faisant transparaître le travail minutieux entre tous les collaborateurs. D’abord, le nouveau texte français de , qui insiste sur l’intelligibilité en tenant compte de la spécificité du chant français : articulation, projection et diction. Cela permet la compréhension totale du texte chanté et parlé, augmentant considérablement le plaisir d’assister au spectacle, un point si important pour suivre l’intrigue sans recourir au surtitrage qui file parfois trop vite dans les conversations. Cela d’autant que les rimes et les choix de mots suivent la tradition du livret d’opéra (par exemple le trio Rosalinde-Alfred-Frank à la fin du premier acte). Les jeux de mots prononcés par le Maître Miro (alias Doktor Blind) sont d’une drôlerie délicieuse – le caractère ridicule du personnage, génialement exécuté par , accentue cette drôlerie.

Sur le plan vocal, on ne pourrait espérer mieux. L’immense talent de et n’est plus à démontrer mais ces derniers font encore davantage prévaloir leurs grandes expériences scéniques dans leur rôle respectif ; La virtuosité spectaculaire, soulignée par la voix extrêmement claire et résonante, de , nous régale véritablement ; est amusante dans son accent « hongrois » et merveilleuse dans le Czardas de l’acte II. Florian Sampey met sa riche voix de baryton au service du jeu de caractère, sournois, mystérieux et quelque peu perplexe, du Maître Falke, organisateur de la soirée. , chanteuse de l’Académie de l’Opéra-Comique, est tout aussi excellente dans son petit rôle qu’on ne sent pas du tout petit, et dans son monologue du début du troisième acte, avec des allusions piquantes sur l’actualité culturelle et musicale, dont certains spectateurs, ravis d’entendre ces propos, appellent M. le Premier Ministre, présent à la soirée. Outre cette horde d’excellences artistiques, signalons encore deux chanteurs inattendus dans la distribution : , qui « a appris le rôle d’Alfred en 24 heures » (annonce faite par Jérôme Deschamps au début du spectacle) pour remplacer souffrant. Il chante constamment les extraits d’opéras français jusqu’à être ridicule, le rôle qu’il assume complètement. La deuxième surprise est Kangmin Justin Kim, pour le Prince Orlofsky : le contre-ténor coréen, devenu célèbre en grande partie grâce à sa parodie hilarante de Cecilia Bartoli sur des sites de diffusions de vidéos, enflamme la salle avec son fameux numéro qu’il présente pour « faire patienter les invités » du bal, dans une coupure d’électricité chez le Prince, que le metteur en scène invente pour le besoin de l’entracte. La performance du Coréen, des va-et-vient entre les aigus et la tessiture du ténor, est surprenante.

LA CHAUVE-SOURIS
La mise en scène est une grande réussite, en situant l’intrigue à aujourd’hui ; le téléphone portable par lequel Adele communique avec sa sœur Ida le montre dès le début, ainsi que les décors du premier et du troisième acte (l’appartement de Gabriel et la prison sont délibérément contemporains), alors que l’acte de bal se déroule dans un espace de luxe, hors du quotidien. Ces situations sont si adaptées que les (faux) titres de marquis et de chevalier que réclament Gabriel et le Maître Falke pour la fête ne gênent aucunement, ainsi que les tutus des invitées. Les décors d’Antoine Fontaine sont d’une efficacité redoutable, qui profitent de la petite scène : ils se plient et déplient pour changer les lieux (la salle de fête se transforme en un clin d’œil en prison !) et les changements de costumes se font sur place.

Pour la musique, offre une prestation de premier plan avec les Grenoble, par l’utilisation d’instruments spécifiques (basson, cors à pistons et trombones français, trompettes à palettes allemandes et les bois et les cordes modernes), afin de créer la meilleure sonorité adaptée à la Salle Favard. Ainsi, le son de l’orchestre, homogène et doux, accompagne parfaitement la couleur du chant et du parlé liée à la langue.

En complément du programme, le 22 décembre, fut donnée une projection du film Trois Valses de Ludwig Berger (1938), adaptation de l’opérette homonyme d’Oscar Straus (1935, musique d’Oscar Straus sur des thèmes de Strauss père et fils), avec l’irrésistible Yvonne Printemps, en parfaite adéquation avec cette production de La Chauve-Souris, à la fois viennoise et parisienne.

Photo 1 : de  gauche à droite : (Rosalinde) – (Gabriel von Eisenstein) – (Adele) ; Photo 2 : de gauche à droite : Kangmin Justin Kim (Prince Orlofsky)- (Ida) – (Frank) –  (Gabriel von Eisenstein) – Sabine Devieilhe ( Adele). Crédit photographique © DR Pierre Grosbois

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