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Eugène Onéguine de gala à Nantes

Incontestable succès de cette représentation nantaise d’Eugène Onéguine, très bien préparée musicalement, avec une distribution homogène et de haut niveau, et une mise en scène qui n’a pas pris une ride.

La réussite doit beaucoup à Lukasz Borowicz, chef polonais de trente-huit ans, directeur artistique de l’Orchestre de la Radio Polonaise et déjà signataire d’une abondante discographie : ses affinités avec ce répertoire sont évidentes. Il mène en effet la matinée avec une fougue et une maîtrise confondantes et l’on ne sait que louer de sa précision rythmique, de son sens aigu du contraste et de la dynamique, ou encore du soin attentif qu’il porte aux solistes. Il fait rutiler les couleurs d’un une nouvelle fois irréprochable avec un pupitre de cordes en état de grâce. Très sollicités dans cet ouvrage, les chœurs, remarquablement préparés par Xavier Ribes, font preuve d’autant de discipline et de plénitude sonore.

Légèrement tendu à son entrée, se libère rapidement et campe un Onéguine qui ne manque ni d’autorité ni d’élégance. En troupe au Théâtre Mariinsky, apporte à Tatiana son charme slave ainsi qu’un instrument puissant et corsé. Pleinement investie, elle délivre un « air de la lettre » de grande classe, émouvant et subtil, et sait traduire l’évolution de la jeune fille rêveuse à la femme accomplie, princière et bouleversante dans le duo final. lui apporte un idéal contrepoint avec son mezzo corsé et campe une Olga tout en insouciance et en spontanéité. Très idiomatique, est un séduisant Lenski, qui fait merveille dans son « air du duel », abordé avec un luxe de nuances totalement confondant. impressionne lui aussi au troisième acte, basse noble et puissante, impeccablement timbrée. , en très bonne voix, est une Madame Larina racée et touchante, tandis que l’inoxydable interprète une nourrice de luxe, avec une voix qui a conservé son impact aux deux extrémités de la tessiture. Nous n’oublierons pas qui détaille le couplet de Monsieur Triquet avec une rare élégance.

La production a vu le jour en 1997, lors de la première saison nancéienne de Jean-Marie Blanchard, avec pour protagonistes principaux Mireille Delunch et Laurent Naouri. Comme à son habitude, , qui a lui-même minutieusement réglé cette reprise, signe une mise en scène intelligible, élégante et sensible, fidèle au texte, d’une grande fluidité, cultivant le sens de l’image tout en refusant d’inutiles artifices. L’essentiel réside dans une caractérisation soignée de chaque personnage. Dans un dispositif unique, dont les arbres se transforment en colonnes d’une demeure bourgeoise avant de disparaître au troisième acte, le spectacle profite également des très beaux costumes de Claude Masson, des éclairages savants de Marc Delamézière et des chorégraphies précises et inspirées de Cooky Chiapalone.

Crédit photographique : (Eugène Onéguine) & (Tatiana) © Jef Rabillon pour Angers Nantes Opéra

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