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Des Enfants du Paradis sans intensité à Garnier

Nouvelle reprise à l’Opéra Garnier des Enfants du Paradis, un ballet de créé en 2008 d’après le scénario de Jacques Prévert et le film de Marcel Carné. Une fresque vivante, mais qui manque de ressort dramatique.

Garance, Baptiste, Lacenaire, Frédérick Lemaître sont des personnages qui sont entrés dans l’imaginaire collectif grâce au film de Marcel Carné, sur un scénario de Jacques Prévert. En 2008, relevait le gant et transposait cette célèbre histoire pour le Ballet national de l’Opéra de Paris. Cela donne une fresque foisonnante en deux actes, déjà reprise en 2011.
L’interminable premier acte, ou Première époque, est un acte d’exposition. Il réserve quelques moments intenses, comme le tango racé de Garance, interprétée par ou l’émouvante pantomime de Baptiste, rôle qui sied à . Frédérick Lemaître, joué par , Lacenaire, interprété par ou Nathalie, alias les entourent avec talent. Mais les scènes de groupes confiées au corps de ballet sont trop brouillonnes pour en rien retenir et l’on voit sans émotion se succéder les tableaux qui introduisent les différents personnages et leurs interactions.

Le deuxième acte ou Deuxième époque est plus sombre et d’une structure dramatique déroutante mais intéressante. Il débute par un ballet dans le ballet – procédé régulièrement utilisé dans le spectacle vivant – et se poursuit par un bal, que Baptiste aperçoit de l’extérieur. À chaque fois, le point de vue est décentré, ce qui permet un autre regard sur les rôles principaux. Garance, femme malheureuse, est poignante. Baptiste, prêt à tout pour la retrouver, se trouve pris au piège de ses sentiments. Lacenaire, retors, donne un splendide solo souple et acéré. Dans le rôle pivot de Frédérick Lemaître, est toujours magistral, impeccable et droit comme un I.

Malgré de petites baisses d’intensité dramatique, le charme du spectacle réside dans l’utilisation du théâtre dans le théâtre (pantomime du premier acte et répétition avant le lever de rideau du deuxième acte) et dans le recours à des musiciens sur la scène. Thibault Vieux, Michel Dietlin, Simon Delfin, Paul Lepicard, et Stéphane Chaveau évoluent ainsi avec naturel au milieu des danseurs sur une place, dans un bal populaire ou les coulisses d’un théâtre. Même les machinistes sont en costumes, ce qui donne beaucoup de cachet et d’authenticité aux différentes scènes.

Pour qui ne serait pas familier du film de Marcel Carné, ou n’aurait pas consulté le programme, l’intrigue n’est pas toujours facile à suivre. Mais l’on retiendra de ce nouveau ballet romantique une émouvante et libre figure féminine et le regard lunaire d’un pierrot décalé.

Photos © Charles Duprat / Opéra national de Paris