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Mozart par Ton Koopman au Verbier Festival

Avec une direction d’orchestre austère, surprend le béotien en lui faisant pénétrer presque chirurgicalement la musique de Bach et de Mozart. Seul le Requiem retrouve une grâce divine.

A-t-on le droit de sourire en chantant une messe des morts ? Reste-t-on alors dans l’esprit d’une musique aussi tristement profonde que celle du Requiem de Mozart ? On serait en droit de se le demander si le sourire qu’affiche la mezzo-soprano tout au long de son interprétation n’était celui d’une personne habitée par le sacré. Ce sourire, fascinant, radieux, atteste du bonheur de la mezzo suisse d’être immergée dans cette musique. Il est vrai que, dès les premiers accents du Requiem, la communion du chef, de l’orchestre et du chœur est totale.

Si démonstratif au pupitre, le chef d’orchestre déstabilise le profane quand il se montre aussi rigoriste dans sa conception musicale. Cependant délaissant sa direction analytique de la Suite n° 2 de Jean-Sébastien Bach et du Concerto pour violon de Mozart joués en début de concert, il s’abandonne ici au pathos du Requiem. Bien lui en prend, le semble y prendre plus de plaisir à voir les quelques échanges de clins d’œil entre les musiciens.

Derrière l’orchestre, le offre sa technique chorale accomplie pour ciseler le « Kyrie », avant un formidable et swinguant « Dies irae », confirmant son exceptionnelle préparation dans un impressionnant « Rex tremendae ».

Chez les solistes, la soprano démontre, si besoin est, sa parfaite maîtrise du chant mozartien. Capable d’un chant blanc sans que celui-ci se charge d’aucune acidité, la simplicité désarmante de son émission élève le discours mozartien au faîte de l’émotion. Une élévation spirituelle dont se saisit qui, comme nous le notons plus haut, s’investit au plus profond de son être pour exacerber la beauté de cette partition. Un bonheur musical indicible et pourtant envahissant la sensibilité de qui le reçoit.

Si les deux protagonistes hommes restent dans la convention interprétative, ils contribuent néanmoins avec probité à la réussite de ces moments musicaux d’une rare intensité. A noter cependant la belle et profonde voix du baryton-basse allemand .

Plus tôt dans la soirée, l’interprétation du Concerto pour violon n° 3 de Mozart reste dans la routine la plus totale. Toutes les notes sont là, mais le courant ne passe pas. Peut-être que la mise en bouche de Ton Koopman avec sa conception ascétique, presque glaçante, de la Suite n° 2 de Bach ne pouvait guère inspirer  vers une interprétation plus volubile de ce concerto.

Crédits photographiques : Aline Paley/Nicolas Brodard/Verbier Festival