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Du plaisir de revoir Rain d’Anne Teresa De Keersmaeker

Ballet à nul autre pareil, Rain (donné à Garnier en 2011) a propulsé au rang des grandes chorégraphes contemporaines et révèle une nouvelle facette des danseurs de l’Opéra de Paris.  a le vent en poupe à Paris, avec à l’affiche son spectacle Bartók/Beethoven/Schönberg, tandis que son chef-d’œuvre sort en DVD.

Quel est le sujet de Rain ? Malgré le caractère apparemment évident du titre, rien n’est évident chez De Keersmaeker. Certes, les fines cordes blanches qui encerclent la scène d’un rideau mouvant évoquent les raies d’une pluie battante. Mais le titre fait, en réalité, référence à un roman de l’écrivaine néo-zélandaise, Kirsty Gunn, qui traite de la fuite de la vie. Une jeune femme tente de ramener à la vie son petit frère qui s’est noyé dans un lac. Un thème sombre pour un ballet lumineux, solaire et réjouissant. Rain évoque aussi une danse rituelle, animée par les vagues de Music for Eighteen Musicians, la composition répétitive et hypnotique de . Peut-être aussi n’est-il tout simplement question que de la joie que procurent la danse et la musique, joie qui illumine les visages des danseurs et se communique aux spectateurs.

Les danseurs de l’Opéra s’approprient avec bonheur la pièce jusqu’alors patrimoine exclusif de la compagnie Rosas.

Rain a été créé en 2001 au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles et est entré au répertoire de l’Opéra national de Paris en 2011, à l’initiative de Brigitte Lefèvre. Quel bonheur de voir les danseurs de l’Opéra s’approprier la technique si particulière d’ avec un plaisir évident! Dans ce que l’on pourrait appeler de manière oxymorique un ensemble de solistes, chacun peut y faire ressortir sa personnalité: l’élégance fière de , la sensibilité de , l’audace de , la fraîcheur de , la sensualité de . Le groupe fonctionne à merveille, la complicité entre les danseurs est visible, les corps se mêlent, se croisent, les duos se forment et se séparent en un instant.

La musique envoûtante de , merveilleusement jouée et chantée par l’, emporte les danseurs dans son flot continu. La pièce est exigeante, une véritable épreuve physique: pendant 1h10, les danseurs ne quittent la scène que de très brefs instants pour changer subrepticement de costumes. Il faut dominer ce rythme effréné, ce tourbillon musical qui les entraine, bondissant dans l’espace structuré par les lignes tracées au sol. Si la rapidité des enchaînements peut donner une impression de désordre sur scène, en réalité les placements sont étudiés avec une rigueur mathématique par Anne Teresa de Keersmaeker.

Rain fait partie de ces œuvres rares que l’on peut voir et revoir, sans se lasser.