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Piau, Carmignola, Corréas et Beyer au festival de Fénétrange

Haendel pour , Jérôme Corréas et ; Vivaldi pour , et . Dans des répertoires où ils excellent, ces grands artistes auront illuminé de leur talent le petit festival de Fénétrange.

Dans Haendel, elle est aujourd’hui sans rivale. En état de grâce de la première note à la dernière, musicienne jusqu’au bout des ongles, distille comme à l’accoutumée les sons filés dont elle a le secret, tout en faisant preuve de ce legato presque irréel qui lui permet de porter jusqu’aux derniers recoins de la salle un instrument qui reste essentiellement et naturellement menu. Et si la voix semble aujourd’hui un rien plus courte qu’autrefois en termes de suraigus, avec lesquels la cantatrice française paraît plus prudente que de par le passé, elle a en revanche gagné en rondeur, en moelleux et en homogénéité sur l’ensemble de la tessiture. Cléopâtre a désormais atteint la pleine maturité, ce qui permet à Piau un « Piangerò » d’une sobriété presque désarmante ; « Non disperar, chi sa » n’en est pas moins mutin et facétieux. Alcina manquerait peut-être d’un peu de corps s’il n’y avait cette musicalité qui, en compensation, donne chair et vie à un texte visiblement vécu de l’intérieur. Sans doute notre haendélienne nationale restera-t-elle, du moins sur le plan vocal, davantage une Morgana qu’une Alcina, comme le montre un toujours aussi virtuose « Tornami a vagheggiar », donné en clôture de concert. Trois généreux bis, dont l’inattendu « Furie terribili » de la redoutable Armide de Rinaldo – une future prise de rôle pour cette habituée d’Almirena ? – complètent un programme auquel Jérôme Corréas et ses Paladins fournissent, dans l’acoustique flatteuse de la collégiale Saint-Rémi, le plus bel écrin.

Le lendemain, c’est en personne qui, une fois encore, fait briller de sa présence le festival de Fénétrange. En duo avec , ce violon naturellement brillant a su privilégier le chic et l’élégance sur l’étalage de virtuosité gratuite affiché par quelques plus jeunes confrères. De façon presque surprenante, ce jeu et ces sonorités avant tout solaires s’accordent à merveille avec le son un peu plus sourd – plus germanique ?– du violon d’. À la tête de son ensemble , la jeune musicienne insuffle aux concertos de Bach et de Vivaldi des accents nobles et passionnés, qui semblent tisser des liens inédits entre ces deux géants du baroque. Pour ces deux soirées, la musique était décidément servie par des « maîtres ».

Crédit photographique : Sandrine Piau © Caroline Doutre