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Les voix à l’honneur dans Iphigénie en Tauride au Palais Garnier

En passant les grilles du Palais Garnier, on se demandait, un peu atterrée, quelle mouche nous avait piquée de nous porter volontaire pour ce spectacle, dont la mise en scène en 2006 nous avait profondément affligée, si ce n’est une distribution plus que prometteuse. Or, la soirée s’est révélée absolument magnifique.

a manifestement repensé sa production de bout en bout, et l’a débarrassée de tous les éléments qui la polluaient. Exit les déambulateurs, les vidéos freudiennes et l’encombrement du plateau par des figurants superfétatoires, place à la narration d’une histoire, celle d’une femme à la fin de sa vie, qui se remémore l’instant-clé de son existence, lorsqu’elle a administré la mort à deux jeunes gens innocents, et s’imagine ce qui aurait put être si elle avait agit autrement. Qu’importe si ce n’étaient pas les intentions originelles du librettiste, l’émotion est là, complètement brute. Le public d’ailleurs ne s’y trompe pas. On se souvient avec une sorte de terreur des huées qui avaient accompagnées la fin du premier acte il y a dix ans, suivies quand elle se furent calmées par la réplique de Pylade « quel silence effrayant ». Rien de tout cela aujourd’hui, l’attention est quasi-religieuse, on n’entend pas la moindre toux. Quelques protestations se font tout de même entendre lors des saluts, vite balayées par les acclamations des conquis.

Il faut dire que la distribution est exceptionnelle, et vaut à elle seule le déplacement, la palme revenant au remarquable Oreste d’. On connaît certes depuis longtemps ce beau baryton québécois, mais cette fois-ci, son engagement scénique, la variété de sa palette de couleur, la qualité de son timbre révèlent le baryton international incontournable de ces prochaines années. ne lui cède en rien, et son Pylade à la fois viril et élégant forme avec lui un duo profondément émouvant. possède assez de chien pour se pelotonner sous un lavabo d’une façon aussi chic que s’il s’agissait d’un aimable buisson printanier, et malgré une diction qui laisse à désirer, son tempérament volcanique apporte le grand frisson.
La seule déception provient du Thoas éructant et sans ligne de .

Les chœurs, relégués hors scène, sont incandescents. On aime moins, en revanche, la direction manquant d’acuité et de nervosité de , ainsi que le son de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris, sur instruments modernes (en 2006, il s’agissait des Musiciens du Louvre).

Crédits photographiques : © Guergana Damianova