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L’immoralité décomplexée de la S.A.D.M.P.

Enregistré dans la foulée du concert avignonnais de mars 2015, La Société Anonyme des Messieurs Prudents de , ressuscité en 2006 par l’intelligente production des Brigands, sort de l’anonymat discographique grâce à d’excellents chanteurs français.

Comédie musicale, titre la jaquette. Opérette, lit-on encore çà et là. Opéra-bouffe annonçait, en novembre 1931, l’affiche de la création. Guitry, ébloui par Moineau, premier éclat de Beyts, en mars de la même année, offrit à ce dernier la vedette musicale, au Théâtre de la Madeleine, d’une copieuse soirée intitulée Six pièces dont un opéra-bouffe, succès qui augura, entre les deux hommes, une collaboration régulière au théâtre comme au cinéma.

, élève de Messager, directeur avisé de l’Opéra-Comique l’ultime année de sa vie, évoque Hervé ou encore , dont il fut le disciple. Sa musique, gracieuse et habile quoiqu’un peu impersonnelle, remplit néanmoins le cahier des charges de la profession de foi de son auteur: « En France, on méprise la musique légère, on n’aime que la musique ennuyeuse… ». L’originalité, on la trouvera dans l’audacieux livret de  : quatre messieurs amoureux de la même femme (à laquelle on ne souhaite pas le destin de la Nana de Zola), au lieu d’engager le ridicule d’un combat de coqs, optent pour la fondation d’une Société Anonyme qui leur permette de se partager les faveurs de la dame, ainsi que la satisfaction providentielle des exigences financières de cette dernière, « chère » à tous les sens du terme ! La comédie en musique apprendra tout aux ignorants : ce qu’est une S.A.R.L., le sens du mot prorata, et même la différence sémantique, aujourd’hui quasi-perdue, entre les mots voilà et voici.

L’épouse de Guitry, Yvonne Printemps, était la star d’une soirée qui invitait aussi l’impayable Pauline Carton et même la future de Sacha, Jacqueline Delubac. La voix pointue que l’histoire nous a laissée fait ici place au mezzo pétillant et classieux d’. Très à l’aise dans la rouerie amorale du personnage, elle montre ici la facette délurée d’un talent-caméléon qui a fait ses preuves à Gerolstein, à l’opposé de ce qu’ elle fait dans Berlioz. Impatiemment attendue par ses quatre soupirants comme par l’auditeur (Guitry la fait arriver au milieu de l’œuvre), la jeune cantatrice française se voit idéalement entourée par un bon Orchestre Régional Avignon-Provence sous la baguette délicatement militante de (jusque dans le Hue ! final, pioché dans le catalogue de Beyts) et par les toujours excellents et comme par les plus méconnus et . Leur diction à tous est tellement parfaite que l’on ne fera même pas reproche à Klarthe de n’avoir pas reproduit le livret.