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Le retour des Brigands

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Paris. Théâtre de l’Athénée. 26-XII-2006. Louis Beydts (1896-1953) : La Société Anonyme des Messieurs Prudents, opéra bouffe en un acte sur un livret de Sacha Guitry. Claude Terrasse (1867-1923) : Chonchette, opéra bouffe en un acte sur un livret de Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet. Mise en scène : Loïc Boissier. Scénographie : Florence Evrard. Costumes : Elisabeth de Sauverzac. Lumières : Philippe Lacombe. Avec : Emmanuelle Goizé, Elle, Chonchette ; Gilles Bugeaud, le grand industriel, Saint-Guillaume ; Christophe Crapez, le gros commerçant, le Baron ; Christophe Grapperon, le Baron, le Vicomte ; Jean-Gabriel Saint-Martin, Henri Morin, Charles. Pablo Schatzman, violon ; Jérôme Huille, violoncelle ; François Miquel, clarinette, Takéri Némoto, cor ; Nicolas Ducloux, piano et direction musicale.

Des opérettes de et de

La dernière semaine de l’année, ce n’est pas seulement le Père Noël et le réveillon, mais cela s’est déjà presque élevé au rang de tradition, la dernière semaine de l’année, c’est aussi la redécouverte d’opérettes rares avec la compagnie .

Cette fois-ci, le choix s’est porté sur deux ouvrages en un acte, pour un tout petit spectacle qui dure moins de deux heures entracte compris. Deux heures, il faut le dire, de franc fou-rire.

En première partie, La Société Anonyme des Messieurs Prudents, sur un livret de Sacha Guitry et une musique de . On est séduit par la musique de ce dernier, délicieusement rétro (la création date de 1931). Une charmante ouverture en forme de pot-pourri, à l’odeur de dentelles et de poudre de riz, une odeur qui rappelle les baisers de notre grand-mère et les airs qu’elle fredonnait, nous transporte dans l’action. Successivement, quatre hommes d’âge différents arrivent sur le palier du cinquième étage où habite une demoiselle de mœurs légères, objet de leur désir. Les messieurs s’interrogent, s’affrontent, s’accordent… On est surpris par le raffinement de la musique tout autant que par l’originalité du livret, on s’étonne de n’y trouver ni le cynisme, ni la misogynie habituelle de Sacha Guitry. Les choses rentrent dans l’ordre établi à l’entrée de la demoiselle, dotée d’un grand air destiné à faire fondre les foules : le rôle fut en effet créé par Yvonne Printemps. , toujours aussi jolie et pétillante, n’est certes pas la star que fut la précédente, mais elle possède un abattage certain, et fort heureusement, elle ne chante pas de façon aussi pointue, quoique ses aigus soient assez agressifs. Les messieurs se présentent, la demoiselle a de gros besoins d’argent, on négocie, on s’accorde, dans une scène hilarante où tout le vocabulaire financier est convoqué. On créera finalement une société anonyme où l’on entretiendra la dame « au prorata » des visites, ce qui nous vaut une nouvelle scène aussi drôle que jolie musicalement, entre ces messieurs, finalement bien moins conventionnellement traités que la dame. Du cynisme, oui, mais point de misogynie, car on entend un couplet masculin sur le fait qu’on ne peut pas vendre un être humain aux enchères, et on ne peut guère reprocher à Sacha Guitry de l’avoir inséré pour être politiquement correct en son époque bien moins policée que la notre, de plus, la demoiselle est libre de ses choix, tout au plus regrettera-t-elle les battements de cœur, n’ayant plus à cacher ses rendez-vous les uns aux autres.

La deuxième partie, Chonchette (création en 1902) sur une musique de et un livret de et Gaston Arman de Caillavet, paraît d’un premier abord terriblement plus conventionnelle, tout du moins du coté livret. Car la musique est raffinée, érudite (elle fait appel de façon tout à fait consciente, au lyrisme de Massenet, aux menuets de Rameau…) mais il y en a peu, car l’œuvre se présente sous forme d’opéra-comique, avec beaucoup de texte parlé, d’ailleurs plus ou moins sujets à des trous de mémoire. On commence à suivre dès lors, plus ou moins résigné, le destin de Chonchette, blanchisseuse, amoureuse d’un jeune homme de bonne famille qui n’ose pas parler de leur relation à ses parents. La transition avec l’acte précédent est astucieusement faite, car Chonchette repasse le linge d’une dame entretenue de l’immeuble voisin dont les amants envahissent sa boutique : ce sont les messieurs du premier acte, qui n’ont pas changé de costumes. Les situations se mettent laborieusement en place, pour miraculeusement et très soudainement nous délivrer un dernier quart d’heures de franche loufoquerie, une fin d’histoire déjantée digne des Marx Brothers ! C’est fou les catastrophes que peuvent déclencher trois malheureux éclairs au chocolat ! On n’y comprend plus grand’chose, mais on rit beaucoup !

On est aidé pour cela par la mise en scène très claire, lisible, originale et animée de Loïc Boissier. Le créateur des Brigands passe en effet pour la première fois de l’autre coté de la scène, et c’est une belle réussite, probablement la meilleure mise en scène depuis la création de cette compagnie. Nous n’entendrons donc pas celui qui interpréta le prince Saphir, , Frantz et on en passe, mais les chanteurs sont des Brigands pur jus : d’ qui ne manqua pas une seule production à (Du Pas de Vis dans Ta Bouchespectacle et DVD chroniqués sur ResMusica), dans Toi c’est Moi), de (Popolani dans Barbe-Bleue, Koukouma dans Docteur Ox) à (rôle-titre de Docteur Ox) et (Bastien dans la première série de Ta Bouche) ils sont tous là, formant une équipe particulièrement homogène et pleine d’entrain et de tempérament. Miraculeusement, le défaut qui était jusque-là le plus gênant dans la troupe a disparu, la diction est bonne, et on comprend presque tout sans l’aide des sous-titres.

L’orchestration a été, comme de coutume, réduite pour un petit nombre de musiciens, un piano, un violon, un violoncelle, une clarinette et un cor, révisée par pour Chonchette et par le corniste pour La Société Anonyme des Messieurs Prudents. Or, c’est assez curieux, mais il faut bien avouer que la clarinette et le cor s’intègrent assez mal dans la sonorité de l’ensemble, voire que le cor détonne franchement par instants.

reviendront en février au Théâtre de l’Athénée pour une production des Brigands d’Offenbach. Ce ne sera pas une résurrection cette fois, car ils devront se mesurer au souvenir de la mise en scène de à l’Opéra Bastille des années 90, avec dans le rôle principal. Difficile challenge !

Crédit photographique : © Claire Besse

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Paris. Théâtre de l’Athénée. 26-XII-2006. Louis Beydts (1896-1953) : La Société Anonyme des Messieurs Prudents, opéra bouffe en un acte sur un livret de Sacha Guitry. Claude Terrasse (1867-1923) : Chonchette, opéra bouffe en un acte sur un livret de Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet. Mise en scène : Loïc Boissier. Scénographie : Florence Evrard. Costumes : Elisabeth de Sauverzac. Lumières : Philippe Lacombe. Avec : Emmanuelle Goizé, Elle, Chonchette ; Gilles Bugeaud, le grand industriel, Saint-Guillaume ; Christophe Crapez, le gros commerçant, le Baron ; Christophe Grapperon, le Baron, le Vicomte ; Jean-Gabriel Saint-Martin, Henri Morin, Charles. Pablo Schatzman, violon ; Jérôme Huille, violoncelle ; François Miquel, clarinette, Takéri Némoto, cor ; Nicolas Ducloux, piano et direction musicale.

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