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Kurt Sanderling, accompagnateur des plus grands solistes russes

Révéré pour ses interprétations des symphonies de Beethoven, Chostakovitch ou Sibelius, , réfugié en URSS pour fuir l’Allemagne nazie, a laissé de magnifiques gravures de concertos dans lesquels il accompagne les plus grands solistes russes de son temps. S’agissant de Gilels, Richter, Oïstrakh ou Rostropovitch, on comprend la richesse exceptionnelle du coffret d’archives qui nous est aujourd’hui proposé, malgré une présentation assez rudimentaire.

Chassé d’Allemagne par la montée du nazisme, le grand chef Kurt Sanderllng (1912-2011) trouva refuge en union soviétique où il devint de 1942 à 1960 l’assistant du légendaire Evgeny Mravinsky à la Philharmonie de Leningrad. De retour ensuite en Allemagne de l’Est, il dirigea aussi en Occident, essentiellement après la chute du mur, sans jamais renier le régime soviétique qui lui avait, disait-il, sauvé la vie. Ce coffret documente son activité comme accompagnateur de solistes russes. On y retrouve son style austère, impeccablement tenu, mais d’une rare perfection dans le répertoire germanique ; il rappelle qu’on lui doit sur le tard une des plus belles intégrales des symphonies de Beethoven jamais enregistrées, avec le Philharmonia.

Quelques gravures se détachent de l’ensemble. Au premier plan, une grandiose intégrale des concertos de avec , rencontre au sommet de deux artistes à la hautaine exigence comparable, ainsi qu’un très sombre Concerto pour la main gauche de par le même pianiste. Au même niveau, on trouve les quelques enregistrements de , autre titan du piano. Mais quel dommage que la Fantaisie chorale de Beethoven soit chantée en russe d’une part, que le Deuxième concerto de Brahms soit accompagné par l’, dont le corniste rate quasiment tous ses traits. Dommage d’autant plus regrettable que le même concerto figure, cette fois somptueusement jouée par la Philharmonie de Leningrad, hélas autour du pâle Yakov Zak. Terminons les pianistes en saluant , plus convaincante dans Bach que dans un quatrième de Beethoven surtout remarquable par sa cadence signée Brahms, et Maria Grinberg, une autre légende du piano russe, moins connue dans l’Hexagone, mais dont les prestations, surtout celle du Concerto n° 3 de Beethoven, impressionnent par la force évocatrice, ainsi que le brio et la fluidité des phrasés.

Un seul enregistrement de Rostropovitch, mais souverain dans la Symphonie concertante de Prokofiev, deux belles gravures de , plus remarquable dans Mozart que dans le médiocre concerto de Khrennikov, ouvrent la voie au magnifique disque d’Oïstrakh, envoûtant dans le Premier concerto de Szymanowski, somptueux dans la très rare Suite de concert de Taneïev. Reste un disque de mélodies, inégal car si les Fahrenden Gesellen Lieder de Mahler avec à Leipzg sont splendides, la Sérénade de Britten, braillée littéralement en russe par Mokhail Dovenmann, est quasiment inaudible. Malgré ce choix contestable, l’ensemble, à la présentation sommaire, n’en dessine pas moins un portrait fidèle d’un grand maître de la baguette du siècle dernier.

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