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Coffret Kurt Sanderling mieux que légendaire : historique

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Œuvres de Alexandre Borodine (1833-1887), Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893), Anton Bruckner (1824-1896), César Franck (1822-1890), Gustav Mahler (1960-1911), Jean Sibelius (1865-1957) et Dmitri Chostakovitch (1906-1975). Berliner Sinfonie-Orchester, Berliner Rundkunk-Sinfonie-Orcherter, Leipzig Gewandhausorchester, Dresden Staatskapelle, direction : Kurt Sanderling. 16 CD Edel classics 000234CCC. Code barre : 8212402342. Enregistré de 1970 à 1983. ADD. Durée : 18h.

 

Pour qui veut recevoir et méditer une très grande leçon de direction d’orchestre, l’acquisition de ce coffret relève de la nécessité. Sous la baguette d’un confronté à plusieurs compositeurs d’une redoutable inventivité orchestrale, les partitions les plus complexes retrouvent un lumineux équilibre, les épisodes les plus obscurs se nimbent d’une radieuse clarté, les contrastes les plus périlleux s’inscrivent dans une dynamique moins sèchement spéculative que profondément jubilatoire. Né en Allemagne le 19 septembre 1912, mais chassé de sa patrie par la vermine brune du nazisme, Sanderling avait trouvé en Union soviétique tout à la fois une seconde patrie et une scène artistique à la hauteur de ses géniales intuitions. En marge de presque tous ses contemporains, le grand chef cosmopolite aura toujours fait montre d’un lyrisme élégiaque sans mièvrerie, d’une virtuosité technique sans faiblesse (l’infaillible netteté des modes d’attaques, modulée au gré des divers pupitres, conserve toujours, chez lui, quelque chose de fascinant) et d’une palette dynamique aux nuances à peu près inépuisables. Ayant appris son métier aux côtés du mythique Mravinsky, fréquenté Chostakovitch comme Sibelius, il demeure un interprète majeur du répertoire symphonique de son siècle turbulent.

Pas une seconde d’ennui par exemple à l’écoute des six chefs-d’œuvre de Chostakovitch ici réunis (Symphonies n° 1, 5, 6, 8, 10 et 15, enregistrées de 1976 à 1983), pas le moindre instant de relâchement au long du massif symphonique de Sibelius donné dans son intégralité et gravé de 1970 à 1977. Directeur de la Dresden Staatskapelle de 1964 à 1967, du Sinfonie-Orchester de Berlin de 1960 à 1977, Sanderling hisse ces deux phalanges à un niveau de qualité sonore proprement insurpassable. Seul Mravinsky aura su ainsi faire rutiler toutes les facettes du singulier génie de Chostakovitch, émotion et travestissement, espérance et douleur, angoisse et exultation… et toujours un bonheur de composer dont la joie mystérieuse échauffe l’esprit et rafraîchit l’âme de l’auditeur envoûté. Quant à Sibelius, au moment même où un colloque international vient de se pencher sur la difficulté de déterminer les formants stylistiques de son œuvre, rien de plus évident que la version inégalable, et d’ailleurs inégalée, de Sanderling dont la familiarité avec le maître finlandais n’est probablement pas étrangère à la profonde logique de son interprétation inspirée.

L’étoile musicale de Mahler et de Bruckner en pâlit presque, les deux hommes ne semblant pas solliciter avec la même force le génie visionnaire du grand chef ; même si l’enregistrement de la Symphonie n°3 de Bruckner (1963, Leipzig Gewandhausorchester) reste un monument de solennelle et sévère beauté, même si les deux symphonies de Mahler scintillent comme un firmament sonore. Une réserve sérieuse, toutefois, au sujet du Chant de la terre, dont les chanteurs, pourtant exceptionnels (Peter Schreier et Birgit Finnilä !), ne semblent pas au mieux de leur forme. Que , par ailleurs, brille particulièrement dans la Symphonie n°2 de Borodine (Dresden Staatskapelle), partition d’une souriante vigueur et d’une communicative gaîté, ainsi qu’avec la Fantaisie-ouverture Roméo et Juliette de Tchaïkovski, exempte de tout effet extérieur, nul ne s’en étonnera. En revanche, quel bonheur, mais aussi quelle surprise de découvrir, sous sa direction, l’une des plus admirables interprétations jamais proposées de la sublime Symphonie en ré de Franck, « grande de la première à la dernière note », traversée de rayons célestes et nuancée d’accents dramatiques, nostalgique d’un lointain idéal dont aucune version n’aura jamais mieux traduit la force tragique ! Alors, vraiment légendaires ces enregistrements ? Mieux encore : historiques.

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Œuvres de Alexandre Borodine (1833-1887), Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893), Anton Bruckner (1824-1896), César Franck (1822-1890), Gustav Mahler (1960-1911), Jean Sibelius (1865-1957) et Dmitri Chostakovitch (1906-1975). Berliner Sinfonie-Orchester, Berliner Rundkunk-Sinfonie-Orcherter, Leipzig Gewandhausorchester, Dresden Staatskapelle, direction : Kurt Sanderling. 16 CD Edel classics 000234CCC. Code barre : 8212402342. Enregistré de 1970 à 1983. ADD. Durée : 18h.

 
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