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La Calisto ou le retour du baroque à Munich

Hormis d’admirables Indes Galantes, l’Opéra de Bavière a oublié le répertoire antérieur à Mozart ces dernières années : rien que pour cela, cette Calisto mérite le succès que lui réserve le public.

Un peu de nostalgie : il y eut un temps où l’Opéra de Munich faisait des efforts soutenus pour faire vivre le répertoire antérieur à Mozart, avec de nombreux opéras de Haendel et de Monteverdi, sans oublier cette Calisto ; au départ de Peter Jonas en 2006, ces efforts ont été vite abandonnés, au profit d’exhumations plus dispensables dans le répertoire déjà trop présent du XIXe siècle. L’attention et l’enthousiasme du public pour cette reprise très isolée de La Calisto mise en scène par en 2005 montre pourtant que cet abandon a été fait contre son gré, et ce malgré une réalisation musicale qui manque un peu de mordant. La faute en est à , qui tire peu de couleurs d’un ensemble pourtant plantureux : vingt-deux musiciens, dans ce répertoire, c’est beaucoup, et même si la taille du Nationaltheater n’est pas optimale pour ce répertoire, on devrait tout de même y entendre un accompagnement plus substantiel – comme savait le faire qui avait dirigé les premières séries de ce spectacle.

Le spectacle est une illustration particulièrement typique de l’esthétique pop-art qui imprégnait beaucoup des spectacles d’Alden à cette époque, et le détour fréquent par le music-hall n’est guère moins typique : le spectacle, sans doute, paraît daté, et pourtant (n’est-ce que la nostalgie ?) même ce décalage avec ce que nous proposent aujourd’hui les maisons d’opéra ajoute au charme. Alden a compris ce qui fait la force de cette œuvre qui part d’un sujet scabreux pour arriver à une allégorie de la vie humaine, faite sur terre de douleur pour aboutir à une éternité au ciel : c’est le sens du détour par l’esthétique du pop-art, toute de faux-semblants, en pleine conformité avec la pensée de l’ère baroque ; il joue aussi abondamment de l’animalité comme menace et tentation de l’humanité, dans son aspect brutal avec Pan, mais aussi dans une vision plus subtile avec l’indémodable Satirino de  : il livre un numéro qu’on connaît parfaitement, et qu’il a pu rôder dans l’inoubliable mise en scène de Herbert Wernicke, présentée partout en Europe (sauf à Paris) depuis 1993 ; la voix reste très honorable, et l’intelligence musicale et stylistique fait le reste – le public de Munich, moins prévenu que nous, lui fait également un triomphe.

L’ensemble de la distribution, à vrai dire, reste inégal : la Diane d’ est plus convaincante que la Junon impersonnelle de , et on préfère le Jupiter noir de à la voix passe-partout de , qui chante avec probité et goût, mais sans donner au rôle titre toute la présence nécessaire. Le plus grand bonheur de la soirée, outre le phénomène Visse, est un autre contre-ténor,  : Endymion, l’amoureux de la Lune, est le personnage le plus poétique de l’œuvre, et tout dans son rôle est séduisant, mais Mead lui apporte une voix si fluide et si charnelle, une musicalité si délicate qu’il éclipse tous ses partenaires. Il est pour beaucoup dans le bonheur que, malgré les faiblesses susdites, ces retrouvailles avec l’œuvre et avec le travail de font naître dans le public.

Crédit photographique : Wilfried Hösl.