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Emmanuel Krivine et le National irréprochables dans Saint-Saëns

Dans un programme éclectique lui associant l’inaltérable Concerto pour violon de Tchaïkovski et le confidentiel Choral n° 1 pour orgue de , la Symphonie n° 3 de Saint-Saëns constitue le moment fort de ce concert d’ avec l’.

À défaut d’originalité, ouvre cette soirée avec une interprétation de belle facture du Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski, où le jeu, au fil des ans, a gagné en profondeur et maturité ce qu’il a quelque peu perdu en brio. Beaucoup de lyrisme, de virtuosité et de sobriété dans cette lecture du premier mouvement Allegro, chargée de nuances, à la sonorité chaude et ample (Stradivarius ex-Kreutzer 1727) portée par un orchestre complice et engagé, sous la direction attentive et pertinente d’. L’Andante central est un moment d’intense poésie empreint de nostalgie, joué sans affectation avec un sublime legato répondant à la flûte de et à la clarinette de . L’Allegro final marque le retour à une virtuosité époustouflante parcourant l’ensemble des figures techniques de l’instrument. Un bis emprunté à Bach conclut cette belle interprétation.

Ultime œuvre de , écrite quelques mois avant sa mort, le Choral n° 1 fait partie d’un triptyque composé en 1890. Sorte de testament musical ample et austère, complexe dans son architecture car répondant plutôt au genre thème et variations, il donne l’occasion, rare au public parisien, d’entendre le grand orgue de l’Auditorium sous les doigts experts de avant que celui-ci ne rejoigne l’orchestre pour la magnifique Symphonie n° 3 avec orgue de .

Si l’on a pu quelque fois reprocher à Emmanuel Krivine son excès de rigueur dans la conduite de l’orchestre, rien de cela ce soir, où le chef laisse parfaitement respirer le National pour en dégager une sonorité d’une remarquable ampleur, en adéquation avec l’enjeu du propos qui relie, dans une même symphonie à l’instrumentarium original (orchestre, orgue et piano), les univers symphoniques classiques et romantiques.

L’Allegro initial débute par un beau crescendo recrutant progressivement toutes les forces orchestrales dans une dynamique souple, remarquable par son équilibre, ses nuances subtiles et son élégance. Le superbe Adagio suivant se déroule dans une ambiance de recueillement. Orgue et cordes y entretiennent un émouvant et éloquent dialogue méditatif dans lequel se dégagent clairement les contre-chants des vents et notamment des cors. Le Scherzo laisse une large place aux vents, très véhéments, auxquels répondent, dans une mise en place tirée au cordeau, piano, cordes, avec une mention particulière pour les superbes contrebasses. Le Finale enfin fait résonner avec éclat les cuivres et l’ensemble des forces orchestrales dans une coda grandiose rythmée par les timbales omniprésentes.

Crédit photographique : Emmanuel Krivine © P. H Hurlin