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Septembre Musical : Marc-André Hamelin en maître chez Beethoven

Au Septembre Musical, soirée symphonique beethovénienne entre sublimation avec et routine.

Pour faire bon poids sur la durée, le concert débute avec une page de . Prévu comme un mouvement de la partition originale de sa Symphonie n°1 « Titan » de 1889, l’andante allegretto fut supprimé dans la version de 1896 et depuis joué seul sous le nom de Blumine. A Montreux, cette petite dizaine de minutes d’ouverture permet de jauger l’orchestre sous la direction du chef . Nous ne cacherons pas notre légère déception initiale sur cette page mahlérienne qui s’avère de peu d’intérêt, peut-être plus par la prestation d’un orchestre sans beaucoup d’allant avec une direction extrêmement conventionnelle que du fait de la partition.

En l’espace d’un mois, le hasard des programmations a porté votre serviteur vers trois différentes interprétations du Concerto pour piano et orchestre n°4 de . A Verbier d’abord où András Schiff remplaçait Radu Lupu, à Tannay ensuite avec Sergeï Babayan et à Montreux enfin avec . Les prestations étant très rapprochées, on ne peut empêcher la comparaison. Et lorsque celle-ci apparaît, elle ne peut être que subjective en fonction de la sensibilité particulière du critique.

D’emblée il est difficile de prendre en compte celle d’András Schiff à Verbier qui n’a pas pu répéter dans des conditions optimales, la défection de Radu Lupu s’étant décidée quelques heures avant le concert. Par contre, les deux autres prestations restent marquantes. Sans revenir dans le détail sur celle de Sergeï Babayan, elle sert néanmoins de témoin privilégié à la mesure de l’interprétation de Marc-André Hamelin même si elles se ressemblent d’un point de vue strictement pianistique. Toutes deux ont la force et la délicatesse, la virtuosité et la profondeur que l’œuvre beethovénienne exige. Quand Sergeï Babayan touche au cœur, c’est avec une insistance charnelle, viscérale alors que Marc-André Hamelin vous dévore l’âme par une intériorité obsédante, céleste. La manière qu’a ce dernier de placer ses accords, d’en retarder infinitésimalement la pose donne un caractère d’accomplissement d’une beauté transcendantale. La respiration, l’articulation, le phrasé de son piano instille une sérénité quasi religieuse.

On veut fermer les yeux pour n’être pénétré que de sa musique mais on ne peut s’échapper d’observer le soliste enfermé dans sa musique, prisonnier du sublime. On se surprend à ne plus entendre autre chose que ce piano omniprésent. Fondu dans l’orchestre à tel point qu’il devient orchestre lui-même. Un orchestre transformé. Il n’a fallu que quelques mesures pour que Marc-André Hamelin impose un génie interprétatif et prenne le pouvoir du plateau. Il tient l’orchestre et son chef sous ses doigts. Sans effets, sans gestes démonstratifs mais simplement par l’intensité de son jeu. L’Andante con moto central et le Rondo vivace final ont tenu le public en haleine. De la plus profonde sérénité à la plus éclatante démonstration technique, Marc-André Hamelin s’affirme ici comme l’un des grands pianistes actuels.


En seconde partie, l’orchestre retrouve la routine interprétative qu’on lui avait connue en début de concert avec la Symphonie n° 6 « Pastorale » de Beethoven. dirige cette œuvre en se contentant d’amener l’ensemble dans une succession de forte – piano, certes en place mais on attend plus. On ne reconnaît plus l’orchestre qui, l’an dernier offrait une éclatante Symphonie n°5 de Tchaïkovski sous la direction de Lorenzo Viotti. Dommage, il y a tellement à raconter dans cette symphonie. Reconnaissons cependant un bel élan orchestral dans le troisième mouvement, les scènes de chasse, de danse campagnarde, l’orage, tant de tableaux bien rendus. Malheureusement, ce réveil est trop tardif.

Crédit photographique : © Céline Michel