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Force et puissance de Boston et Nelsons dans Chostakovitch

Après une première excursion à l’ouverture de saison 2015-2016 avec la 10e Symphonie de Chostakovitch, le et retrouvent la Philharmonie de Paris lors de leur tournée européenne d’été, pour un concert de chambre et deux concerts symphoniques, au programme desquels la 4e de Chostakovitch et la Sérénade pour violon de Bernstein.

A l’occasion du retour du à la Philharmonie de Paris, en plus de deux grands concerts symphoniques et de deux concerts de la Boston Camerata, était présenté un concert chambriste constitué de quelques musiciens de l’ensemble américain, associés à ceux de l’ et de l’.

Concert Paris-Boston

D’une heure environ, le programme du dimanche à l’Amphithéâtre de la Cité de la Musique débute par une magnifique Introduction et allegro, pour harpe, flûte, clarinette et quatuor à cordes de , dont se démarquent la harpiste Jessica Zhou et la première violoniste Elita Kang de Boston, en plus de la flûte parisienne de Vincent Lucas. La Sonate suivante du rare Walter Piston, compositeur américain défendu par les chefs successifs du Boston Symphony depuis Ozawa, met encore en avant la flûte de Lucas, accompagné cette fois par Sébastien Vichard, pianiste de l’Intercontemporain qui dénotera par son discours enjoué lors de la dernière pièce du programme, Catch de . Les Trois pièces de Stravinski permettent à un une ballade de jardin à cour sur la scène, avec un arrêt face au public pour la deuxième pièce. Il est lui aussi présent dans l’ouvrage d’Adès, mais laisse auparavant revenir Vincent Lucas pour accompagner la charmante harpiste dans la version pour flûte et harpe de Toward the Sea de , la troisième mouture de l’œuvre, déjà entendue lors d’un récent concert autour de la mer par des musiciens du Philharmonique de Radio France sur la Grande Scène Pierre Boulez de la Philharmonie.

Bernstein-Chostakovitch

Pour sa seconde entrée en scène du week-end, le Boston Symphony Orchestra s’apprête à interpréter une Symphonie n°4 de Chostakovitch en grande formation, avec trente violons (nomenclature habituelle : seize et quatorze) et comme la veille pour la Symphonie n°3 de Mahler, les groupes d’altos, violoncelles et contrebasses renforcées d’un pupitre. Le besoin ne semble pas aussi important dans cet ouvrage de Chostakovitch que dans celui de Mahler, mais dès le premier tutti, l’incroyable puissance des forces américaines emplit la salle, sans jamais non plus l’amener à saturation. qui a quelques jours plus tôt abordé le même programme à Lucerne dans une acoustique relativement similaire à Paris -notamment sur la réverbération- sait utiliser les effets de la Philharmonie à plein et rend regrettable l’absence de micro, tant cette lecture se montre plus concentrée que celle du récent enregistrement paru chez Deutsche Grammophon, là où en 2015, les forces bostoniennes semblaient nettement plus fatiguées en live à Paris que pour leur version au disque.

L’Allegretto poco moderato impressionne par son étalage de superbes sonorités, jusqu’à des cuivres chauffés à blancs, là où la veille, ils semblaient plus marqués par les dix jours de tournée déjà effectués depuis l’atterrissage aux Proms de Londres le 2 septembre. Le Presto continue sur la même lancée et met en valeur le superbe cor anglais de Robert Sheena, ainsi que le basson de Richard Svoboda, déjà remarqué dans la première partie modéré du mouvement. Le Moderato con moto développe de belles masses de cordes et met particulièrement en valeur les bois de la petite harmonie, libérés des dynamiques percussions du Presto joué juste avant. Pour autant, un message distinct peine à se démarquer, car le chef letton, dans cette partie lente comme dans toute l’œuvre, même lors d’une coda superbement gérée par son faible volume sonore et ses jeux de réponses cordes-percussions, ne semble à aucun instant vouloir adapter le discours de la symphonie par rapport à sa période de composition. Or si les Cinquième ou Dixième de Chostakovitch, et même dans une moindre mesure ses grandes symphonies de guerre, sont bien des œuvres internationales, bien qu’évidemment écrites par un Russe, la Symphonie n°4 est à proprement parler un ouvrage russe. Loin des lectures des chefs pour lesquels les heures sombres d’URSS ne sont pas que la page noircie de texte d’un livre d’histoire, Nelsons ne cherche pas à assombrir à sa manière un œuvre encore très hermétique au public d’Europe de l’Ouest et des États-Unis, ni n’offre de contre-vision en tentant d’éclaircir la pâte sonore.

Avec la même distance bien que face à une partition très différente, Andris Nelsons ne parvient qu’à survoler la Sérénade d’après Le Banquet de Platon de , évidemment intégrée à cette tournée pour commémorer les cent ans de la naissance d’un génie dont le dernier concert s’est effectué avec la formation aujourd’hui devant nous à Paris. Que l’on juge ou non cette partition de grande valeur, il faut y mettre une ferveur et une dynamique en même temps qu’y insérer des couleurs jazzies impossible à occulter, au risque de créer un rendu terne. L’Adagio médian sur Agathon parvient à attirer par sa douceur, mais le chef comme la soliste ne réussissent jamais à faire vivre Socrate ni Alcibiade ensuite. Reste alors, ici comme pendant chaque minute du week-end, à se délecter de la sonorité d’un orchestre d’exception en parfaite corrélation avec son directeur musical.

Crédits photographiques : © Julien Mignot

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