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Joseph Moog électrise les Études de Debussy

Impossible de rester indifférent aux Études de Debussy, électrisantes sous les doigts de , et couplées à un remarquable Gaspard de la nuit.

Ce jeune pianiste allemand, encore méconnu dans l'Hexagone, est pourtant très présent sur la scène internationale, primé aux ICMA en 2012 et auteur de plusieurs disques, dont un enregistrement de Rachmaninov et Rubinstein. Rigueur de l'interprétation, articulation très nette, clarté du discours dans la vélocité, compréhension générale du texte : sa maîtrise technique sert le programme de ce dernier disque.

Nous avions récemment aimé les Études de Debussy par Roger Muraro, et auparavant par Mitsuko Uchida ou Jean-Yves Thibaudet, pour ne citer qu'eux. Pourtant ces œuvres tardives et légèrement méconnues demeurent encore une terre de conquête pour les pianistes tant elles sont difficiles à cerner. C'est du moins ce qui frappe à l'écoute de cette nouvelle version par . Sa vivacité du geste y est remarquable : elle offre un ruissellement somptueux de notes dans Pour les huit doigts, la musique avance sans pesanteur, même dans les descentes audacieuses de quartes de Pour les quartes ou les envolées de Pour les arpèges composés, l'articulation est nette et les rythmes sont marqués, même de manière jusque-là inouïe dans Pour les Octaves ou Pour les accords, l'amplitude des nuances est grande. Les tempi sont rapides : la contre-partie de ce choix est un traitement égal de certains traits de notes, de certains phrasés et nuances dans le détail (Pour les cinq doigts). Aussi, plutôt que de retrouver le Debussy des Images et des Préludes, suave et poétique, comme tend à le faire Roger Muraro, joue réellement des études, mais avec panache et non sans poésie.

S'ajoute une autre version de Pour les Arpèges composés, une étude retrouvée, complétée et publiée il y a déjà 40 ans par le musicologue spécialiste de Debussy Roy Howat : une œuvre dont la volubilité offre une transition heureuse avec les triples croches qui ouvrent Gaspard de la nuit. Le chef d'œuvre de Ravel n'est pas en reste, avec cette version claire, structurée, où parle encore le toucher perlé de l'interprète au point d'évoquer la harpe dans Ondine. Enfin, nous retenons une interprétation particulièrement évocatrice d'un Scarbo vif et inquiétant.

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