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Lauréat du prix jeune artiste de l’année des International Classical Music Awards 2012, le jeune pianiste allemand Joseph Moog ne cesse de nous surprendre et de nous séduire. A seulement 24 ans, il publie également un excellent disque où il affronte le redoutable Concerto n°3 de Rachmaninov couplé à une rareté : le Concerto n°4 d’Anton Rubinstein. ResMusica rencontre l’un des grands artistes de demain, passionné par l’exploration du vaste répertoire pianistique.

Notre dossier : Art du clavier

 

ResMusica : Vous venez de remporter le Prix jeune artiste des 2012. Qu’est-ce que ce prix représente pour vous ?
 : C’est un immense honneur et un grand bonheur pour un jeune artiste ! En effet, les , sont les plus importantes récompenses européennes, et même mondiales, consacrées au disque. De plus, les enregistrements sont une partie importante  de mon activité artistique. Je suis très attiré par la composition de programmes qui mêlent des œuvres connues et moins connues. L’objectif pour moi est de proposer toutes les musiques que j’aime et que j’admire. Il est évidemment risqué, pour un jeune artiste, de sortir des sentiers battus du grand répertoire. Dès lors je ne m’attendais pas à recevoir ce merveilleux prix, mais cela montre qu’aujourd’hui, la prise de risque reste payante !

RM : Vous venez d’enregistrer le Concerto n°3 de Rachmaninov. N’était-ce pas un choix téméraire pour un jeune pianiste ?
JM : Cela va vous sembler étonnant, mais le Concerto n°3 de Rachmaninov est le premier concerto pour piano que j’ai connu. J’étais alors âgé de 6 ans et un ami de mes parents m’a apporté une vidéo où jouait Vladimir Horowitz. Plus tard, c’est également, la première partition que j’ai reçue ! Quand j’ai commencé à  la travailler,  pour de bon, j’avais déjà des prérequis et des idées sur ma manière de l’aborder. Après l’avoir pratiqué au concert, au cours des cinq dernières années, j’ai décidé de l’enregistrer et de le combiner avec le Concerto n°4 de Rubinstein. Pour moi, il ne s’agissait pas d’un choix particulièrement audacieux ou courageux, mais il s’agissait de réaliser un rêve et aussi de payer un tribut à cette œuvre qui m’accompagne depuis longtemps.

RM : Vous couplez le « Rach3 » avec le Concerto n°4 de Rubinstein. Qu’est-ce qui vous a incité à graver cette pièce ?
JM : Le Concerto n°4 de Rubinstein a toujours été mon préféré de ses 5 concertos. Encore une fois, je connais cette œuvre depuis plusieurs années et j’ai toujours été étonné par les qualités de cette composition. Je pense que ce concerto a clairement été une inspiration pour Tchaïkovski ou  Rachmaninov, mais peut être aussi pour Brahms (en particulier son Concerto n°2). Le Concerto n°4 de Rubinstein est l’ancêtre de nombreux célèbres concertos russes et il nous montre pourquoi Rubinstein était, de son vivant, reconnu comme un important et célèbre créateur.
Je l’ai combiné avec  Concerto n°3 de Rachmaninov, car d’une part on constate un grand contraste entre la structure plutôt puriste de Rubinstein et la texture dense et complexe de Rachmaninov; d’autre part les deux pièces sont écrites dans la tonalité de ré mineur et ils ont, tous les deux,  de longues lignes mélodiques.

RM : Dans votre discographie, vous avez enregistré des pièces de Joseph Jongen, compositeur belge très peu joué en dehors des frontières de son pays. Comment avez-vous découvert ces pièces ?
JM : Je connaissais Jongen parce que ma mère avait l’habitude de jouer certaines de ses œuvres avec son trio avec piano quand j’étais enfant. Plus tard, j’ai commencé à chercher de la musique pour piano de ce grand compositeur et j’ai découvert plusieurs pièces intéressantes. Puis en 2010, pour un projet de disque, j’étais à la recherche de trois compositeurs contemporains  et éduqués dans trois pays différents. J’ai combiné  Scriabine et Reger avec Jongen. Leurs langages musicaux sont très divergents  et j’ai donc choisi de nommer cet album «divergences». En règle générale, je n’ai jamais essayé d’enregistrer une pièce car elle est moins connue que d’autres. Je cherche des musiques, de grande qualité, qui correspondent à un contexte. Parfois, en effet, ces pièces n’ont pas la réputation des « tubes » du clavier, mais la littérature pour piano est si vaste qu’il serait réducteur de  se limiter à une poignée de partitions.

RM : Quels professeurs ont été importants pour vous ?
JM : J’ai été très marqué par l’enseignement de  Bernd Glemser à Würzburg, un très grand interprète qui a un don pour l’enseignement. J’ai aussi été marqué par Arie Vardi. Il arrive, par une approche non conventionnelle, à communiquer sa pensée en la liant avec une forme de sagesse. C’est une expérience inoubliable.
Par ailleurs, j’ai appris à travailler seul, très tôt dans ma vie. Honnêtement, certaines de mes idées n’ont pas été influencées ou initiées par mes professeurs et afin de les réaliser, j’ai dû aller, plus loin, tout seul. Toutefois, il est évident, que toutes ces expériences de transmissions ont été nécessaires à ma formation et j’en suis très heureux.

RM: Quels sont vos modèles pianistiques du passé et du présent ?
JM : Il y a tellement de grandes interprétations et de pianistes qui m’ont inspiré ! Je peux vous parler de Moritz Rosenthal, d’Ignaz Friedman, de Walter Gieseking ou de György Cziffra. Ce dernier me fascine par son  son incroyablement authentique et naturel lié à une approche spontanée de la musique sans oublier ses incroyables capacités virtuoses ! Je suis également touché par Art Tatum ou Oscar Peterson, qui me laissent bouche bée. Enfin, mon horizon ne se limite pas au piano, ainsi, je suis subjugué par le violoniste Alexander Markov, surtout par son disque des 24 caprices de Paganini.

RM : Comment un jeune pianiste du XXIe siècle,  doit-il  travailler son répertoire ?
JM : À mon avis, il n’y a pas de méthode générale en ce qui concerne le répertoire. Chaque artiste est différent et a ses propres idées et inspirations. Je pense qu’il est important d’avoir une passion et de se laisser guider par ses visions au moment de choisir les compositions à jouer. Il est encore plus important de sélectionner votre répertoire par vous-même. Vous devez être en mesure d’identifier avec la musique que vous voulez effectuer.

RM : Comment voyez-vous l’avenir de la musique classique dans ce monde de crise ?
JM : C’est une question difficile. Nous, les personnes impliquées dans le monde de la musique classique, avons  une mission à accomplir: il est de notre devoir de faire comprendre que l’art, surtout de la musique reflète les émotions. Ces émotions sont les mêmes dans tous les genres de musiques et pas seulement dans la pop music. Nous avons à montrer, et à souligner, combien la musique classique est vivante. Une fois ce cap dépassé, nous pourrons être en mesure de changer l’opinion publique sur la musique classique. Dans tous les cas, il est important de rester authentique et sincère, en même temps. Il s’agit d’un projet exigeant, mais il pourrait être décisif pour l’avenir!

Crédits photographiques : Thommy Mardo

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Lauréat du prix jeune artiste de l’année des International Classical Music Awards 2012, le jeune pianiste allemand Joseph Moog ne cesse de nous surprendre et de nous séduire. A seulement 24 ans, il publie également un excellent disque où il affronte le redoutable Concerto n°3 de Rachmaninov couplé à une rareté : le Concerto n°4 d’Anton Rubinstein. ResMusica rencontre l’un des grands artistes de demain, passionné par l’exploration du vaste répertoire pianistique.

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