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Des prises de rôle réussies pour Rigoletto à l’Opéra de Marseille

L’Opéra de Marseille avait tablé sur une triple prise des rôles principaux pour ce Rigoletto, ce qui en soit représentait un gros risque, mais après le forfait de Sabine Devieilhe, il n’en restait plus que deux, et ce fût une immense réussite.

Dans le rôle-titre, Nicola Alaimo fait une énorme impression. La voix est belle, longue, souple, capable de n’importe quelles nuances. Le personnage est caractérisé avec intensité, passant par toute la palette des sentiments. Le baryton termine la représentation manifestement épuisé, mais rayonnant.

Enea Scala possède le physique du duc de Mantoue, aussi beau à regarder qu’à entendre. Viril et charmeur jusqu’au bout des ongles, il déploie un timbre de bronze et une technique sans faille. Tout au plus pourrait-on lui reprocher des aigus (écrits ou de tradition) soit esquivés, soit émis un peu trop en force.

Gilda n’est donc pas une première pour la Sicilienne (tout comme ses deux compatriotes cités plus haut) Jessica Nuccio, mais elle n’avait pas encore foulé les planches de la scène phocéenne. Elle fait de son héroïne bien plus qu’une oie blanche aux aigus stratosphériques, avec de jolis moyens, un timbre plus corsé que d’ordinaire, et un agréable sens de la dynamique.

Annunziata Vestri incarne une Maddalena sexy, sans une once de la vulgarité d’habitude inhérente au personnage.

On était un peu effrayée à la vue du nom d’Alexey Tikhomirov, que l’on n’avait jamais entendu, en imaginant une de ces grandes basses russes un peu épaisses à la diction pâteuse. Il n’en est rien. Son Sparafucile est léger, élégant, et d’une grande présence scénique.

Des seconds rôles, on retiendra surtout la – comme toujours – impeccable Giovanna de Cécile Gallois, le très intéressant Marullo d’Anas Séguin, et la sculpturale comtesse Ceprano de Laurence Janot, cette fois-ci accompagnée de son adorable chien bichon Nathan, une première pour lui aussi.

La mise en scène de Charles Roubaud, qui provient d’Orange en 2017, est un modèle de pertinence. Le décor unique représente une gigantesque marotte de bouffon, dont le manche incliné sert de praticable, et sur laquelle des vidéos projetées délimitent les lieux de l’action. C’est à la fois habile, et léger. Mais surtout, il n’y a pas une intention, pas un geste d’acteur, qui ne soit en rapport avec le livret ou avec certains accents musicaux, et c’est devenu si rare ! Les costumes, très seyants, renvoient aux années 1930. On tire également notre chapeau aux artistes du chœur, toujours aussi motivés.

En revanche, la direction de Roberto Rizzi Brignoli nous a semblé souvent brutale et pesante, avec des tempi accélérés qui ne permettent pas toujours aux chanteurs de déployer toutes leurs intentions.

Crédit photographique : © Christian Dresse


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