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Schubert et Schumann magnifiés par Jansons et la Radio bavaroise

Combiner poésie et énergie n’est pas chose aisée. Avec un orchestre aussi typé et puissant que la Radio Bavaroise, nous offre deux magnifiques interprétations issues de concerts.

En 2008, soit dix ans avant la présente captation de la Symphonie n°1 de Schumann, Mariss Jansons dirigeait cette oeuvre à Paris et en gravait une belle version de l’œuvre, à la tête du Concertgebouw d’Amsterdam (RCO Live). Outre une prise de son supérieure, la présente lecture captée en concert, fascine par la prise de risques. Dès la première phrase, l’engagement des pupitres est admirable. Jansons réussit une synthèse rare dans ce répertoire, car elle associe la puissance et la finesse. Ces atouts appartiennent généralement aux ensembles aux effectifs plus réduits et jouant, parfois, sur instruments d’époque, à l’instar de l’excellent Thomas Dausgaard (Bis Records). Ici, l’immense “machinerie” du RSO de Bavière se plie sans brusquerie et sans raideur, aux lignes brisées, aux changements incessants d’atmosphères. Jansons indique le moindre détail de la partition dont la construction semble dépareillée. Il aborde le Larghetto, d’une façon très beethovénienne, appuyant le rythme de la marche. Le Scherzo évoque quelque page de Schubert, mais annonce également, par son énergie débridée, l’ironie des partitions du postromantisme, notamment de Mahler. Aucune dureté dans cette lecture pourtant assez “carrée”, mais aux cuivres rutilants et aux bois champêtres. Cors de chasse et Oiseaux Prophètes – en référence à l’une des pages pour piano les plus célèbres du compositeur – s’unissent dans le finale, véritable hymne à la jeunesse. C’est aussi à Mendelssohn que nous songeons en écoutant des basses bondissantes et au grain superbes.

Le couplage avec la Symphonie n°3 en ré majeur de Schubert est parfaitement logique. La solennité et le caractère grandiose imprimés par l’orchestre effraient si l’on est habitué aux versions “décantées”. Pourtant, l’auditeur est séduit par la finesse et l’élan héroïque de l’interprétation dont chaque phrase est creusée sans perte de tension. L’orchestre, de toute beauté, met en valeur les pupitres solistes et, notamment, une clarinette splendide dans le second mouvement. La finesse du tissu orchestral appartient autant à l’univers de la symphonie classique qu’à celui de la musique de chambre. Jansons nous convie à une sérénade “post-Posthorn”, délicieuse d’ironie. Ironie et promenade champêtre sont au programme du Menuetto qui a rarement paru aussi bucolique. La tarentelle qui jaillit du finale comme un torrent mérite tous les éloges.

Ce disque est un véritable bain de jouvence et la Symphonie en ré majeur de Schubert peut être considérée comme l’une des grandes références modernes.