Concerts, La Scène, Musique symphonique

Monsieur Jansons, revenez quand vous voulez !

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Paris. Salle Pleyel. 24-V-2008. Carl Maria von Weber (1786-1826) : Euryanthe, ouverture  ; Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°1 « Le Printemps » en si bémol majeur op. 38 ; Modeste Moussorgski (1839-1881)  : Tableaux d’une exposition (orchestration de Maurice Ravel). Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam, direction : Mariss Jansons.

Concertgebouw Amsterdam

Est-ce parce que le concert à débuté à l’heure inhabituelle de 19h au lieu des traditionnelles 20h ou était-ce la concurrence de la finale de la coupe de France de football, toujours est-il que la venue du fameux Concertgebouw d’Amsterdam à Pleyel n’a pas fait salle comble (même si elle était honorablement garnie). Les absents avaient toutefois bien tort, comme le prouvaient, au moment des applaudissements, les acclamations triomphales d’un public enthousiaste, qui, pour le coup, semblait deux fois plus nombreux qu’à l’habitude. Et avouons que nous comprenions et partagions cet élan tellement la performance de l’orchestre et du chef fut impressionnante.

Plus d’une fois au cours de ce mémorable concert nous nous sommes dit « bon sang que c’est beau » et il faut reconnaître que ça sautait aux oreilles : un son fa-bu-leux ! et sur tous les pupitres. Des couleurs à se pâmer, une dynamique sans limites, une densité pénétrante, une virtuosité individuelle et d’ensemble sans faille, une large variété expressive, le tout au service d’une interprétation brillante de Maris Jansons dans trois œuvres pourtant fort différentes. L’ouverture d’Euryanthe est à elle toute seule un formidable juge de paix tant elle contient en moins de dix minutes quasiment tout ce qu’un orchestre symphonique – et un chef ! – doit savoir faire. Et bien, le moins que l’on puisse dire est que l’orchestre d’Amsterdam sait rudement y faire. Quant au chef, on a retrouvé son style précis, rigoureux, sans la moindre aridité, sachant faire sonner un orchestre comme bien peu aujourd’hui, enlevant les différents épisodes de cette ouverture d’une seule coulée.

Comme toutes les œuvres orchestrales de son auteur, la Symphonie n°1 « Le Printemps » de Schumann pose de nombreux problèmes interprétatifs dont la cohérence d’ensemble et la difficulté d’orchestration ne sont pas les moindres. Là encore, les interprètes de ce soir se sont montrés remarquables. Jansons choisissant un tempo de base assez rapide pour chaque mouvement réussit à nous captiver du début à la fin. Quant à l’orchestration, si elle n’avait pas cette réputation si difficile, nous n’aurions jamais cru, à entendre la performance du soir, qu’elle puisse poser le moindre problème tellement tout fonctionnait à merveille. Il est probable que cette symphonie ait rarement sonné aussi belle, aussi pleine. De ce fait son caractère était sans doute plus lumineux et brillant que traditionnellement, mais c’était fait avec tellement de conviction, et portée par une telle qualité sonore, que la tradition ne nous a pas manqué.

Enfin les très démonstratifs Tableaux d’une exposition de Moussorgski, joués ce soir dans la célèbre orchestration de Maurice Ravel, allaient donner au chef et à l’orchestre de nombreuses autres occasions de briller. On ne savait plus quoi admirer, ici l’exceptionnel ensemble des cordes, là l’expressive beauté et la plénitude des cuivres, ailleurs le charme et la sensibilité des bois, tout y est passé, ce qui est un peu l’objectif de cette œuvre, qui, à l’instar du Concerto pour orchestre de Bartók réussit fort bien (à moins que ce ne soit l’inverse) à Maris Jansons (voir son enregistrement avec l’Orchestre de la Radio Bavaroise). L’interprétation respectait à la lettre la partition mais aussi les tableaux eux même que l’on pouvait ainsi presque visualiser. Bref, une interprétation certes classique, mais tellement bien faite, et d’un exceptionnel niveau technique, qu’on en redemande. Alors Monsieur Jansons, revenez quand vous voulez nous offrir des concerts de cette qualité, et vous, public parisien, ne ratez pas l’occasion d’entendre ce chef diriger ses formidables orchestres (Amsterdam et la Radio bavaroise).

Crédit photographique : © Andrej Glusgold

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Paris. Salle Pleyel. 24-V-2008. Carl Maria von Weber (1786-1826) : Euryanthe, ouverture  ; Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°1 « Le Printemps » en si bémol majeur op. 38 ; Modeste Moussorgski (1839-1881)  : Tableaux d’une exposition (orchestration de Maurice Ravel). Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam, direction : Mariss Jansons.

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