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Stéphane Degout et Alain Planès, ambassadeurs de la mélodie française

Le Festival Voce Humana invite à Lannion et . Un duo d'exception pour un programme entièrement consacré à la mélodie française.

« Quand j'ai été admis au CNSMD de Lyon, en 1995 – j'avais 20 ans ! –, on m'a un peu regardé avec mépris, en disant que j'avais une petite voix, pas intéressante, mais que je pouvais toujours faire de la mélodie -française. » Comment ne pas sourire aujourd'hui devant cette confession… Surtout après avoir assisté à un récital où, délesté des impressionnants costumes de scène qui en ont fait l'un des grands barytons français actuels, se met ce soir à nu pour faire entendre vingt-quatre titres d'un genre qui exige autant de l'interprète que de l'auditeur.

Placée sous le signe du voyage, la soirée s'ouvre avec un des fleurons du genre, les prégnants Berceaux, dont le poème de Sully-Prudhomme dit si bien le quotidien douloureux des veuves de marins et son écho toujours présent dans cette Bretagne à la mémoire vive. Après Au bord de l'eau, Clair de lune et Mandoline indiquent que le voyage sera aussi intérieur. Interprète remarquable de récentes Nuits d'été, fait montre, dès ces quatre pièces fauréennes, d'une diction dont il ne se déparera plus, comme en témoignent ensuite les Trois Paysages de Debussy : les nombreux estivants réunis dans l'église de Lannion, ne peuvent que vibrer à l'audition de la profession de foi des syllabes de La mer est plus belle que les cathédrales.

Si l'incontournable Invitation au voyage de Duparc confirme l'idée que le voyage ne serait pas qu'extérieur, Extase convie carrément au voyage ultime. Avec les aspirations marines de L'Horizon chimérique, que Fauré dédia en 1921 à Charles Panzera, Stéphane Degout vise les grands espaces. On retient son souffle à l'audition de la confidence sur le fil de l'ineffable Chanson pour Jeanne de Chabrier, dont le poème de Catulle Mendès passe, en trois strophes malicieusement tournées, de la Vie à la Mort.

Puissance d'émission et engagement émotionnel font se démarquer Stéphane Degout d'un Gérard Souzay, en son temps souverain de ce répertoire. La mélodie française n'est plus confinée au salon. Le théâtre est toujours là chez celui qui fut naguère deux Pelléas si différents pour Wilson et pour Mitchell, un Hamlet impressionnant pour Olivier Py, Posa pour Christophe HonoréChorèbe pour Tcherniakov

Les Histoires naturelles de Jules Renard mises en musique par Ravel concluent d'un humour contenu un récital d'une intense concentration. Le piano très symphonique d' est d'envergure. Au sortir de cette soirée, on augure le meilleur de cet autre voyage à venir : celui que les deux hommes ont prévu d'entreprendre au travers de l'Europe pour y exporter, voire populariser, la hauteur de vue d'un répertoire d'une infinie richesse poétique et musicale.

Crédit photographique : © Alain Le Bourdonnec

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