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Le Pelléas de Bob Wilson, entre splendeur et immobilité

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Paris, Opéra Bastille. 07-II-2015. Claude Debussy (1862-1918) : Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes et dix-neuf tableaux sur un poème de Maurice Maeterlinck. Mise en scène et décors : Robert Wilson. Costumes : Frida Parmeggiani. Lumières : Heinrich Brunke, Robert Wilson. Avec : Stéphane Degout, Pelléas ; Elena Tsallagova, Mélisande ; Paul Gay, Golaud ; Franz-Josef Selig, Arkel ; Doris Soffel, Geneviève ; Julie Mathevet, Le Petit Yniold ; Jérôme Varnier, Un Médecin, Le Berger. Orchestre et Chœur de l’Opéra National de Paris, (chef de chœur : José Luis Basso), direction : Philippe Jordan

7426_PELLEAS-ET-MELISANDE--c--ELISA-HABERER----OPERA-NATIONAL-DE-PARIS--10-Cette reprise du Pelléas de à Bastille (déjà documentée en DVD) peut se lire comme la démonstration d’une « méthode ». Les convaincus adoreront cette combinaison esthétique-extatique, tandis que les sceptiques lui reprocheront son approche « copier-coller ».

Impossible pour les deux camps de nier cette fabuleuse machine à produire des images à la composition millimétrée et implacable. Saupoudrées d’un halo entre blanc et bleu cobalt, les personnages se découpent avec la précision de motifs géométriques sur une frise minimaliste.

Frise minimaliste

S’il est vrai que la musique de Debussy peut facilement se prêter à cette suspension perpétuelle, le hiératisme systématique limite la portée de plusieurs scènes à un symbolisme sous vide et réfrigéré. C’est la sensualité absente de ces cheveux qui tombent du haut de la tour et que l’on fait semblant de toucher à distance, dos tourné… ou bien le ridicule consommé du (très) petit Yniold en costume Henri II ou le berger habillé en prêtre égyptien et cherchant ses moutons. Plus généralement, on regrette cet écrin incessant de gestes qui veut faire oublier l’absence d’idées et plombe les scènes de transition.

Au-delà de l’irritante suggestion et stylisation, on trouvera dans la mobilité menaçante de la forêt, le cercle infernal des souterrains ou les ondulations du voile signifiant la fontaine des aveugles, des moments d’une grande force poétique et d’une haute inspiration. La fascination de ce théâtre d’images fait oublier l’éloignement des protagonistes, souvent peu commode et qui nuit à l’homogénéité des voix.

pelleas

Le plateau est dominé par le couple , déjà présents il y a trois ans. La jeune soprano russe incarne à tous points de vue une Mélisande d’anthologie. À la qualité de l’intonation se joint une fraîcheur idéale des contours et une beauté du timbre purement stupéfiante. Femme-enfant, ingénue perverse ou encore mère adolescente, sa princesse d’Allemonde est tout cela à la fois – protéiforme et géniale. Les qualités d’acteur du Pelléas de soutiennent sans défaut une voix bien projetée, miroir d’un personnage que blesse un drame intime. On mettra sur le compte de la première les rares tensions qui affleurent dans les aigus, tout les reste est vraiment remarquable.

Difficile de rivaliser avec ces deux talents, même pour un (Golaud) plutôt en bonne forme, malgré une entrée en matière assez raide et une périlleuse voix de tête au chevet de Mélisande. La Geneviève est malheureusement privée de couleurs et de timbre, elle ne parvient pas à effacer dans notre mémoire Anne Sofie von Otter. minaude son Yniold tandis que campe un Arkel correct mais pas visiblement pas à l’aise dans un répertoire qui le limite en deçà de son immense talent. Tour à tour berger et médecin, est absolument parfait et complète avec brio un cast de qualité.

joue la carte de la lisibilité contre l’émotion. Une première partie assez corsetée dessine une forêt au cordeau et des parcs « à la française ». L’imminence des épisodes dramatiques le trouve plus attentif à libérer des textures plus expressives. La pudeur et l’émotion qui hantent la scène finale sont une réussite absolue.

Photos : Pelleas et Melissande (c) Elisa-Haberer/ Opéra National de Paris

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Paris, Opéra Bastille. 07-II-2015. Claude Debussy (1862-1918) : Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes et dix-neuf tableaux sur un poème de Maurice Maeterlinck. Mise en scène et décors : Robert Wilson. Costumes : Frida Parmeggiani. Lumières : Heinrich Brunke, Robert Wilson. Avec : Stéphane Degout, Pelléas ; Elena Tsallagova, Mélisande ; Paul Gay, Golaud ; Franz-Josef Selig, Arkel ; Doris Soffel, Geneviève ; Julie Mathevet, Le Petit Yniold ; Jérôme Varnier, Un Médecin, Le Berger. Orchestre et Chœur de l’Opéra National de Paris, (chef de chœur : José Luis Basso), direction : Philippe Jordan

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