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Le Festival d’Ambronay fête des anniversaires

Quarante ans de musique baroque. C’est l’âge du Festival d’Ambronay fêté par les grands anciens et de jeunes artistes en devenir. Mais cette édition n’oublie pas un autre anniversaire tout aussi marquant : celui de Léonard de Vinci, ici mené par .


Le troisième dimanche de cette édition du Festival d’Ambronay nous emmène tout d’abord en promenade baroque de Londres à Paris en passant par l’Empire Germanique, l’Italie et l’Espagne pour goûter à l’art du contre-ténor. Le guide, c’est Paulin Bündgen, fondateur, il y a vingt ans, de l’. Avec au clavecin, il a formé un vrai duo où chacun trouve pleinement sa place.

Dès le début du concert, Music for a while de Purcell permet d’apprécier la voix nuancée mais puissante de Paulin Bündgen. Puis un Ground de John Eccles est joué au clavecin avec beaucoup de virtuosité. L’air Amour, vois quels maux tu nous faits de Lully est déchirant. La Passacaille de Kerll qui suit est rocambolesque en raison d’une musique étourdissante qui part dans tous les sens. On n’échappe pas au « tube » de Caccini Amarilli, mia bella. La pièce majeure du concert est, sans nul doute, Vanne, o carta amorosa. Une lettre amoureuse, tourmentée comme la musique. et Paulin Bündgen forment un excellent duo, très homogène, bien servi par l’acoustique de la petite salle Monteverdi. Le petit madrigal Si dolce e’l tormento du divin Claudio est chanté avec retenue, exprimant la peine, la douleur de l’amoureux. Paulin Bündgen ne cherche pas la virtuosité excessive mais offre expressivité et émotion. En cela, le clavecin de Caroline Huynh Van Xuan est le partenaire rêvé.


propose quant à lui, depuis de nombreuses années, des programmes à thème. A l’occasion du 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci, le musicien veut faire découvrir au public des musiques du temps de ce génie, cette programmation devenant une sorte de bande dessinée musicale. On retrouve aussi avec plaisir nombre de fidèles compagnons depuis des lustres, tel Pedro Estevan et ses percussions qui ouvrent le concert en fanfare. Puis en route vers l’Italie avec la chanson A Florence la joyose cité. Pour illustrer le tableau « l’Adoration des mages », Jordi Savall a choisi un Adoramus te, extrait du Chansonnier de Montecassino. Une interprétation remplie d’émotion. A Naples, l’ensemble s’éclate avec la chanson Viva, viva Rey Ferrando alors que les chanteuses sont un peu en retrait. La voix du contre-ténor Gabriel Diaz surprend : elle est belle et presque enfantine. Les instruments anciens ne sont pas oubliés : le psaltérion d’Andrew Lawrence-King et le santur de Dimitri Psonis se régalent dans une Marche turque. Vient une pièce bien connue : le Tourdion : Quand je bois du vin clairet. Chantée sans… modération. Le 2 mai 1519, Léonard de Vinci meurt au château du Clos-Lucé, à Amboise, à 67 ans : chante pour ce souvenir le Requiem aeternam de Josquin des Prez. Les habitués du Festival ont eu plaisir à retrouver ces chanteurs et ces musiciens dont certains étaient là, en 1987, quand Jordi Savall est venu pour la première fois à Ambronay.

Pour le quatrième week-end, on retrouve le programme qui accompagne de jeunes ensembles de musique ancienne, aujourd’hui devenu Eeemerging+. L’ a ainsi proposé des pièces du Moyen Âge tardif. La flûte, virtuose, de Mara Winter débute superbement le concert. Puis la tristesse s’installe avec Tandernaken, chanté par Grace Newcombe et accompagné par le luth de Jacob Mariani. « Ma mère veut chasser mon bien-aimé » : ce sera la couleur du concert. La jolie chanson Rosetta d’Antonio Zachara da Teramo, riche d’ornements, est accompagnée par le rebec de Felix Verry. Les deux chanteuses terminent leur prestation avec un bel Ave regina Celorum de Walter Frye.

Second jeune ensemble : Cantoria, un quatuor vocal qui est allé puiser son programme dans le répertoire de la Renaissance espagnole de pièces joyeusement populaires dont la thématique est autour de Noël comme avec l’ensalada La Justa, soit trois chansons de Noël un peu… coquines qui précèdent une autre ensalada Sus, sus, sus, extrait de La Trulla, avec castagnette et ʺclapingʺ espagnol. Dans El jubilate, le texte décrit la concurrence entre Marie et le diable ; ce sera le nom du programme. Une petite mise en scène accentue la complicité des chanteurs. Chanteurs et chanteuse jouent, animent, souvent avec humour, des chansons où profane et sacré se mêlent.

Crédits photographiques : © Bertrand Pichène