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Le festival d’Ambronay, quarante ans de transmission

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Ambronay. Abbaye. 14-IX-2019. 15h. Johann Heinrich Schmelzer (1623-1680) : Lamento sur la mort de Ferdinand III. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) et Marin Marais (1656-1728) : Trios de la chambre du Roi. Frédéric le Grand (1712-1786) : Concerto pour flûte n°1 en sol majeur. Luigi Boccherini (1743-1805) : Quintette pour flûte et cordes en sol mineur, G430 n°2 opus 19. Jan Ladislav Dussek (1760-1812) : Les Souffrances de la reine de France, opus 23 (arr. Javier Lupiáñez). André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813) : O Richard o mon Roi. Giuseppe Cambini (1746-1825) et les Esprits Animaux : Variations sur La Marseillaise (arr. Javier Lupiáñez). Les Esprits animaux : Francisco Javier Lupiáñez, Tomoe Badiarova, violons ; David Alonso Molina, alto ; Elodie Virot, traverso ; Roberto Alonso Álvarez, violoncelle ; Patrícia Vintém, clavecin

20h30 : Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Es ist vollbracht extrait de la Passion selon Saint Jean BWV 245 ; Concerto pour deux violons en ré mineur BWV 1043 ; Suite pour orchestre III BWV 1068 : aria (transcription pour violoncelles) ; Et misericordia extrait du Magnificat BWV 243. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto pour violon et violoncelle en si bémol majeur RV 547 ; Costanza tu m’insegni extrait d’Olrando furioso RV 728 ; Vedro con moi diletto extrait d’Il Giustino RV 717 ; Laudamus te extrait du Gloria en ré majeur RV 589 ; In furore Motet RV 626 ; Concerto pour deux violoncelles en sol mineur RV 531 ; Squarciami pure il seno extrait d’Il tigrane RV 740 ; Concerto pour deux violons en la mineur RV 522 ; Se ria procella sorge all’onde extrait de Griselda RV 718 ; Concerto en si mineur pour 4 violons RV 580. Solistes de l’Académie Philippe Jaroussky : Amélie Raison, Julie Prola, sopranos ; Benoit Rameau, ténor ; Augustin Chemelle, baryton ; Boris Blanco, Hildegarde Fesneau, Manon Galy, Clara Garde, Aiko Okamura, violons ; Maxime Quennesson, Thibaut Reznicek, Polina Streltsova, violoncelles. Geneviève Laurenceau, violon. Christian-Pierre La Marca, violoncelle. Philippe Jaroussky, contre-ténor. Le Concert de la Loge, direction : Julien Chauvin

Pour le week-end d’ouverture de sa quarantième édition, le festival d’Ambronay met en exergue la tradition de compagnonnage et de transmission qui font partie de ses fondements.

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D’« ancien », seule la musique en porte ici le qualificatif. Et encore. Les générations d’interprètes spécialisés s’enchaînent et les approches se renouvellent d’année en année. Un festival de musiques anciennes (donc) tourné vers l’avenir et vers la jeunesse, voilà ce que propose encore une fois cet évènement qui sait allier simplicité et qualité musicale.

Preuve en est dès la première après-midi de ce week-end avec . Depuis l’envoi de leur dossier en 2010 pour bénéficier du programme Jeunes Ensembles, ses six musiciens ont enchaîné concerts et résidences à Ambronay, attestant par leur seule présence encore aujourd’hui qu’un peu moins de dix ans après, le Centre culturel de Rencontre s’assure de la pérennité de ses jeunes découvertes. Trois disques plus tard, dont deux publiés en 2012 puis en 2013 aux éditions Ambronay, les revoilà au sein de l’Abbaye pour un programme original autour de la musique baroque écrite et jouée pour ou par les rois. Malicieusement intitulée « Music of Thrones », faisant référence ainsi à la série télévisée américaine médiéval-fantastique à succès, cette programmation se construit autour de valeurs sûres comme Lully ou (Trios de la Chambre du Roi), mais aussi autour de pages musicales étonnantes composées par (Les Souffrances de la reine de France) ou (Lamento sur la mort de Ferdinand III), alors que la création est également présente avec des variations amusantes autour de l’air royaliste de Grétry, O Richard o môn roi, et de La Marseillaise concoctées par l’ensemble lui-même.

De Ferdinand III de Habsbourg à Louis XIV, de Frédéric le Grand à Charles IV, sans oublier le symbole de la chute de la royauté, Marie-Antoinette, l’aventure se révèle amusante malgré des choix parfois d’un intérêt musical anecdotique, comme cette musique illustrative de Dussek sur l’emprisonnement de la reine, ses réflexions et sa résignation face à sa sentence de mort, le bruit de la guillotine et « l’apothéose » ; et ce clin d’œil amusant au chant de guerre révolutionnaire devenu hymne national. Malgré tout, marquent les esprits par leur sens du phrasé imparable dans le Lamento sur la mort de Ferdinand III, leur fougue expressive dans le charme mélodique et la vigueur rythmique propre à dans son Allegro e con un poco di moto et Menuetto du Quintette pour flûte et cordes en sol mineur G430 n° 2 opus 19, la sonorité particulièrement expressive du traverso d’Elodie Virot dans le Concerto pour flûte n° 1 en sol majeur de Frédéric Le Grand. Leur symbiose se révèle déterminante pour tenir en haleine tout au long du concert.

_DSC9721_RETMusic_of_Thrones_Esprits_Animaux_Fest_Amb_14092019_©_Bertrand_PICHENE-CCR_AmbronayLe soir, ne nous mentons pas, la très grande majorité du public était venu entendre . C’était pourtant la promotion Vivaldi de son Académie qui était au-devant de la scène pour une soirée autour de Bach et Vivaldi, premier concert de l’académie hors de la Seine Musicale où elle est en résidence. Mais loin de regretter le peu d’interventions de la star, soit quatre dont deux seulement en solo (Es ist vollbracht extrait de la Passion selon saint Jean, Vedro con moi diletto extrait d’Il giustino RV 717 de Vivaldi, Laudamus te extrait du Gloria en ré majeur RV 589 et Et misericordia extrait du Magnificat BWV 243), c’est un attendrissement manifeste et bienveillant que portent les auditeurs du soir à ces jeunes talents pour les encourager. Les autres professeurs de l’académie font également partie de la soirée : avec le Concerto pour deux violoncelles en sol mineur RV 531, et pour un duo fusionnel avec dans le Concerto pour deux violons en la mineur RV 522.

Cette configuration offre au spectateur un découpage atypique de la soirée, voire des œuvres elles-mêmes : le Concerto pour violon et violoncelle en si bémol majeur RV 547 est partagé en deux avec Manon Galy (violon) et Maxime Quennesson (violoncelle) pour l’Allegro, Clara Garde (violon) et Thibaut Reznicek (violoncelle) pour les deux autres mouvements ; idem pour le Concerto pour deux violons en ré mineur BWV 1043 où les trois mouvements ont chacun leur interprète ( et Boris Blanco pour le Vivace, Manon Galy et Clara Garde pour le Largo ma non tanto, Aïko Okamura et Clara Garde pour l’Allegro). Pour le reste, concertos et airs sont répartis entre les quatre chanteurs, les cinq violonistes et les trois violoncellistes solistes.

En termes de sonorités, l’atypisme est aussi prenant quand les instruments d’époque du Concert de la Loge, encore une fois admirable sous la direction de au violon, côtoient les instruments modernes des artistes émergents qui véhiculent des qualités intrinsèques et des personnalités bien diverses. On remarque surtout le jeu volubile et enthousiaste de la violoniste – sous le regard particulièrement amusé de -, qui tranche avec la simplicité toute aussi charmante de sa compère Aïko Okamura. La technicité de la violoniste Clara Garde est sans faille tout comme celle du violoncelliste Thibaut Reznicek avec un jeu particulièrement affirmé dans son duo avec son professeur, le Concerto pour deux violoncelles en sol mineur RV 531, alors que la grâce de la violoncelliste Polina Streltsova est exaltante dans son duo avec le chanteur à l’origine de cette initiative (Es ist vollbracht). Côté voix, ce sont les plus aigües qui se distinguent particulièrement : entre la puissance de la soprano Amélie Raison dans In furore du Motet RV 626 et la fougue du ténor Benoit Rameau dans Se ria procella sorge all’onde (Griselda RV 718). Nous n’avons plus qu’à leur souhaiter le même parcours que celui des jeunes talents impulsés à Ambronay.

 

Crédits photographiques : Académie Jaroussky © Bertrand Pichène

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Ambronay. Abbaye. 14-IX-2019. 15h. Johann Heinrich Schmelzer (1623-1680) : Lamento sur la mort de Ferdinand III. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) et Marin Marais (1656-1728) : Trios de la chambre du Roi. Frédéric le Grand (1712-1786) : Concerto pour flûte n°1 en sol majeur. Luigi Boccherini (1743-1805) : Quintette pour flûte et cordes en sol mineur, G430 n°2 opus 19. Jan Ladislav Dussek (1760-1812) : Les Souffrances de la reine de France, opus 23 (arr. Javier Lupiáñez). André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813) : O Richard o mon Roi. Giuseppe Cambini (1746-1825) et les Esprits Animaux : Variations sur La Marseillaise (arr. Javier Lupiáñez). Les Esprits animaux : Francisco Javier Lupiáñez, Tomoe Badiarova, violons ; David Alonso Molina, alto ; Elodie Virot, traverso ; Roberto Alonso Álvarez, violoncelle ; Patrícia Vintém, clavecin

20h30 : Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Es ist vollbracht extrait de la Passion selon Saint Jean BWV 245 ; Concerto pour deux violons en ré mineur BWV 1043 ; Suite pour orchestre III BWV 1068 : aria (transcription pour violoncelles) ; Et misericordia extrait du Magnificat BWV 243. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto pour violon et violoncelle en si bémol majeur RV 547 ; Costanza tu m’insegni extrait d’Olrando furioso RV 728 ; Vedro con moi diletto extrait d’Il Giustino RV 717 ; Laudamus te extrait du Gloria en ré majeur RV 589 ; In furore Motet RV 626 ; Concerto pour deux violoncelles en sol mineur RV 531 ; Squarciami pure il seno extrait d’Il tigrane RV 740 ; Concerto pour deux violons en la mineur RV 522 ; Se ria procella sorge all’onde extrait de Griselda RV 718 ; Concerto en si mineur pour 4 violons RV 580. Solistes de l’Académie Philippe Jaroussky : Amélie Raison, Julie Prola, sopranos ; Benoit Rameau, ténor ; Augustin Chemelle, baryton ; Boris Blanco, Hildegarde Fesneau, Manon Galy, Clara Garde, Aiko Okamura, violons ; Maxime Quennesson, Thibaut Reznicek, Polina Streltsova, violoncelles. Geneviève Laurenceau, violon. Christian-Pierre La Marca, violoncelle. Philippe Jaroussky, contre-ténor. Le Concert de la Loge, direction : Julien Chauvin

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