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Raymonda à l’Opéra de Paris : un lent dégel du répertoire ?

Il aura fallu attendre onze années avant de revoir la Raymonda de d’après Petipa (les dernières représentations ayant eu lieu en 2008), mais c’est dans une production dont les costumes semblent avoir été refaits à neuf, et dans une scénographie adaptée pour le plateau de l’Opéra Bastille que l’on peut à nouveau s’extasier de cette quatrième œuvre offerte en 1983 par Noureev pour l’Opéra de Paris.

En effet, le cadre de scène a été obturé dans ses extrémités par des praticables afin de concentrer l’attention vers une scène resserrée, correspondant plutôt à la scène du Palais Garnier, afin que l’ensemble des décors ne paraissent pas dilué et que le corps de ballet ne semble pas trop chiche quant au remplissage de l’espace scénique. En revanche, les lumières ont également du être retravaillées, car elles sont parfois aveuglantes, comme dans la Valse fantastique, alors qu’elles avaient toujours semblé bleutées.
C’est dans le cadre de l’avant-première réservée à un public constitué de spectateurs de moins de 28 ans que nous avons pu voir cette reprise issue du répertoire. Ces dernières répétitions avant la toute première représentation sont désormais régulièrement proposées par l’Opéra de Paris à cette catégorie particulière de spectateurs. Il s’agit pour nombre d’entre eux de rentrer et d’assister pour la première à un spectacle à l’Opéra, pour peut être leur donner envie par la suite d’y venir plus régulièrement et un tarif unique est proposé, faisant fi du découpage habituel des catégories aux tarifs évoluant en fonction de la proximité avec la scène. Ceci implique également que sur le plateau, il s’agit des dernières mises au point et cela permet aux solistes de filer en costumes l’intégralité du rôle.

La prise de rôle la plus audacieuse est celle de ; tout juste promu Premier danseur au dernier concours de promotion, il est dans la posture où Manuel Legris et Laurent Hilaire avaient été, en leur époque, propulsés par Noureev à interpréter le rôle masculin principal malgré une très grande jeunesse. C’est incontestablement un danseur qui a des émotions à faire passer, mais il faut admettre que la technique purement virtuose de Jean de Brienne (rôle qui ne peut être contrebalancé par une épaisseur psychologique assez faible) laisse apparaître quelques faiblesses et une fatigue qui s’installe progressivement dans la soirée. Mais la gestion de l’effort fait partie de l’apprentissage du travail de répétition, et il faudra gager sur son intelligence pour arriver à tenir sur la longueur le poids qui est sur ses épaules. Pour l’aider à cela, une danseuse comme lui sera parfaite, car tout semble déjà en place : il suffit qu’elle se mette sur pointes pour tenir parfaitement en place, que ce soit en équilibre ou dans les tours et la caractérisation du rôle est déjà avancée, de plus en plus affirmée au fur et à mesure des actes, jusqu’à une claque très maîtrisée et péremptoire dans le ton.
est Abderam. Quand il arrive sur scène, de façon tout à fait naturelle, il déploie tout son savoir-faire : les tours à n’en plus finir, les sauts vertigineux, le rythme incroyablement musical de ses phrases, les modulations de dynamique au sein d’une variation, tout fait penser à un démon furieux qui réinvente le rond de jambe à la Noureev dans une nonchalance déconcertante.

Le corps de ballet, depuis que le classique se fait rare à l’Opéra, a toujours besoin de quelques représentations pour parvenir à son niveau de croisière honorable, mais Marine Ganio ne s’épargne pas dans les Sarrasins (osant les double sauts de basque), ni Jérémy-Loup Quer dans les Espagnols, ni Matthieu Botto dans l’engagement qu’il a dans le rôle pourtant secondaire du Roi André II de Hongrie. Il faudra attendre que la direction de trouve dans la série une motivation semblable pour l’orchestre, car sa direction pâteuse et sans reliefs n’est pas ce que l’on est en droit d’attendre pour la féérie d’un ballet de fêtes de fin d’année.

Malgré le contexte particulier d’une répétition, les distributions verront assurément l’intérêt renouvelé pour ce ballet dont il faut espérer de ne pas avoir à attendre onze autres nouvelles années pour une reprise à venir.

Crédit photographique : © Opéra National de Paris/Svetlana Loboff

La représentation du 5 décembre a été annulée en raison de la grève, celle du 6 décembre l’est également.