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Un concours du Ballet de l’Opéra de Paris rajeuni

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Paris. Opéra Garnier. 6 et 8-XI-2016. Ballet de l’Opéra national de Paris : Concours annuel du corps de ballet de l’Opéra. Jury : Stéphane Lissner, directeur de l’Opéra national de Paris et Président du jury ; Aurélie Dupont, directrice de la danse ; Clothilde Vayer, maître de ballet ; Angelin Preljocaj, chorégraphe ; Helgi Tomasson, Chorégraphe, directeur artistique du San Francisco Ballet. Membres du jury élus par le ballet : Léonore Baulac, Mathias Heymann, Muriel Zusperreguy, Alexandre Labrot. Suppléants : Eleonora Abbagnato, François Alu, Ninon Raux, Fabien Revillion

Les concours internes du Ballet de l’Opéra de Paris comptent chaque année leur lot d’espoirs, de belles surprises et de déceptions. L’édition 2019, qui se déroulait les 6 et 8 novembre à l’Opéra Garnier, n’a pas fait exception à la règle.

Saint MartinQuatorze danseuses de la classe des Quadrilles femmes concouraient pour l’un des trois postes de Coryphées à pourvoir. Dominant largement sa classe, Hohyun Kang, très belle artiste légère et à la superbe ligne, s’impose dans la première des Variations de , choisie cette année comme variation imposée. Elle se projette déjà en étoile en choisissant la variation de Dulcinée/Kitri dans l’acte II de Don Quichotte pour sa variation libre.

La deuxième élue de cette classe de Quadrilles est Célia Drouy, qui choisit la même variation de Don Quichotte, qu’elle interprète avec cependant moins d’éclat et d’aisance. Autre promue cette année, Clémence Gross est une belle danseuse sans défauts dans l’imposée, même si l’on s’interroge sur son choix assez curieux de Dogs Sleep de , interprétée avec application, pour la variation libre. Les choix des autres concurrentes, parfois audacieux, comme celui de The Cage de par Héloïse Jocqueviel, qui met en valeur ses qualités plastiques, ou plus conventionnel, comme Études choisi par Nine Seropian ou Le Grand pas classique par ne leur porteront pas chance pour cette fois.

Toujours Lifar, désormais uniquement réservé aux concours, semble-t-il, mais la troisième des Variations pour la variation imposée de la classe des Coryphées femmes. Elles sont dix courageuses candidates à se confronter à cette difficile variation et a trébucher toutes, ou presque, au changement de pied final. Première à l’issue du concours, domine largement sa classe par sa maturité, son aisance, son assurance et sa maîtrise des pièges de la variation. Elle montre plus encore ses belles qualités d’interprète dans sa variation libre extraite de Diane et Actéon, de Vaganova. Propre dans l’imposée, , la deuxième promue, choisit avec raison la vivacité, le charme et la décontraction de Dances at a gathering, de Robbins, pour sa variation libre. Avec son très beau travail du haut du corps dans l’imposée, ferme le trio de tête en choisissant la scène de la Vision de Don Quichotte pour une interprétation propre et sans bavures. Malgré le choix stratégique de la variation de Nykiya de La Bayadère pour mettre en valeur ses superbes qualités d’interprète, validées par de fréquentes distributions, se classe cinquième du concours. Regrets aussi pour qui choisit sans succès l’humour et le clin d’œil d’Arepo de Béjart pour sa variation imposée.

La classe des Sujets femmes est plus homogène et aucune ne parvient réellement à se distinguer dans la variation imposée, celle du Cygne blanc de l’Acte II du Lac des cygnes. Un seul poste de Première danseuse étant à pourvoir, c’est à un choix cornélien auquel le Jury, composé d’, de Clotilde Vayer, d’ et d’ a dû faire face. C’est logiquement Silvia Saint-Martin, à laquelle l’évanescence de Robbins dans Other Dances – son choix pour la variation libre – sied à merveille, qui l’emporte. On regrette qu’, qui avait fait le même choix, n’ait pas convaincu le jury malgré sa belle maturité et le sentiment d’avoir enfin vu un Cygne dans l’imposée. Comme avant elle, qui avait parié sur Clavigo de pour mettre en valeur ses talents d’interprète, n’avait visiblement pas opté pour la bonne stratégie. Plusieurs danseuses, comme , Ida Viikinkoski, ou Charline Giezendanner devront encore s’affermir avant de passer ce cap difficile, ce qui ne les empêche pas d’être largement – et avec raison – distribuées dans des rôles de solistes. (DG)

MuraComme chaque année, les hommes semblent offrir un palmarès moins surprenant que les dames.

La classe des Quadrilles hommes laisse apparaître la très jeune génération ; nous avons effectivement eu l’impression de ne plus voir les visages des danseurs qui ont composé le corps de ballet des dernières saisons, et de n’y avoir que les dernières recrues. Ce sang neuf apportera certainement un renouveau dans la vigueur d’un corps de ballet qui s’essouffle dans des saisons peu lisibles : c’est pourquoi vraisemblablement Noureev et le répertoire classique sont justement mis à l’honneur. On peut apprécier le choix audacieux de Chun-Wing Lam dans la première variation du Roméo de Noureev, libre et déliée. Nathan Bisson, avec un physique photogénique est très culotté de s’approprier la deuxième variation du Prince Désiré de la Belle au Bois dormant par laquelle il répond avec une belle gestion du souffle et la maîtrise technique (tels les assemblés double) que la plupart des danseurs de la compagnie redoutent. La belle qualité de saltation de Samuel Bray dans le pas de deux des Paysans annonce stratégiquement qu’il pourra être capable d’assurer ce rôle de demi-soliste au cours de la saison à venir (Giselle étant programmé dans quelques mois). Guillaume Diop, très souriant, se démarque avec une belle variation de Lucien d’Hervilly du premier acte de Paquita, et les quelques menues erreurs seront certainement à terme corrigées pour laisser la place à un danseur de première qualité. Aurélien Gay a choisi la variation du Tchaïkovski-pas-de-deux, mais il est peut-être encore un peu trop en force pour laisser son art de danser plus fluide. Les deux garçons promus sont Antonio Conforti, qui laisse une impression théâtrale solide et expérimentée dans la variation de Don José dans la Carmen de et Nikolaus Tudorin dont on perçoit la personnalité scénique poindre sous la première variation du Danseur en brun de Dances at a gathering et la confiance technique dans l’imposée (cette année, la première variation du Pas de six de Napoli de Bournonville).

La classe des Coryphées hommes doit se confronter à l’indansable variation du troisième acte du Don Quichotte : aucun n’y est bon et aucun n’y est mauvais, ce qui ne permet de rien parfaitement départager, surtout qu’il n’y a que six concurrents pour trois postes à pourvoir ! Le garçon qui se détache est , qui s’est considérablement renforcé ces dernières saisons et ose la variation lente du Prince du Lac de Noureev. Avec une belle qualité de liaison et des bras infinis, il émerge en tant que soliste et devra certainement poursuivre dans cette voie d’affermissement de son physique très plastique. On ne peut qu’exprimer le regret du choix d’ de la troisième variation d’Arepo, qui ne lui permet pas de se mettre en lumière, et l’on peut déplorer le ratage d’Hugo Vigliotti dans l’imposée qui ne peut se rattraper avec la deuxième variation de Genus de McGregor (alors qu’en scène, il reste un artiste très complet). Simon Le Borgne s’est classé second promu avec un plutôt intéressant In the middle, somewhat elevated et est classé troisième (et dernier promu) dans une utilitaire première variation du Danseur en brun de Dances at a gathering.

Enfin, la classe des Sujets hommes est peut être parmi les plus courtes de l’histoire de l’Opéra: cinq candidats pour deux postes à pourvoir. Aucun ne démérite dans la variation de Drosselmeyer dans l’acte II de Casse-Noisette de Noureev. Pablo Legasa est un peu en-deçà de la présence qu’il a habituellement, de même que dans cette manifestement appréciée première variation du Danseur en brun. Cela ne l’empêche pas d’être le second promu de sa classe, derrière Franceso Mura. Nous pouvions craindre que celui-ci ne soit pas trop apprécié devant la rigueur des standards physiques de l’Opéra, mais il se taille la part du lion en s’imposant dans la variation de Solor, absolument impérial. , dans la variation de Solor de l’acte III, n’a pas la même chance, même s’il n’a aucune difficulté technique (et le manège final est très bien exécuté), mais il lui faudra envahir plus encore la scène pour exister.

Le concours reste donc une occasion pour les jeunes danseurs de faire valoir leurs qualités parfois un peu mises en sourdine dans la collectivité des danses de groupe. Mais ce même concours a été de tous temps un lieu où les danseurs aimés du public pouvaient offrir et éblouir de leur présence expérimentée un public toujours attentif ; cette année, il n’y aura eu que les premiers pour présenter des classes aux rangs un peu clairsemés. (AA)

Crédits photographiques : Silvia Saint Martin, Francesco Mura © Julien Benhamou, Opéra national de Paris

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