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L’opéra du Roi Soleil, premier récital en disque pour Katherine Watson

Ce premier disque pour , donne l’occasion au Centre de musique baroque de Versailles de faire encore découvrir des partitions rares de « l’art d’attendrir » à l’opéra aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Un premier disque sert pratiquement toujours de « carte de visite » pour l’interprète qui est au centre du projet, chanteur comme musicien sans distinction. C’est aussi le cas pour ce premier récital de la soprano enregistré fin 2018 à Metz. Ces airs d’opéra du temps du Roi Soleil, agrémentés de quelques pièces instrumentales, sont bien les partitions que l’interprète affectionne le plus. En effet, de l’Opéra Garnier à l’Opéra-Comique ou au Théâtre des Champs-Élysées, et naturellement à l’Opéra Royal de Versailles, Katherine Watson est devenue, depuis le Jardins des Voix de William Christie, une artiste incontournable du répertoire baroque.

Son chant est donc ici essentiellement réservé à l’incarnation d’héroïnes tout droit sorties de tragédies lyriques et autre opéra-ballet, des héroïnes « tendres et pathétiques » comme les qualifie Benoît Dratwicki à l’origine de la notice qui accompagne ce disque. De fait, il ressort du chant des couleurs élégantes, son timbre pur et moelleux portant une agréable souplesse de la ligne et des nuances subtiles. Les deux extraits de Circé de Desmarest sont particulièrement bien servis : « Sombres marais du Styx, Cocyte, Phlégéton… » et « Calmez votre violence » déploient des affects affirmés pour un chant tout en relief. L’air italien qui clôture cet enregistrement, « C’en est donc fait : le roi n’a plus de fils » extrait de Polydore de , sort de cette atmosphère pathétique afin que l’art de la vocalise de la soprano puisse s’exprimer.

Mais comme on pourrait s’en douter, ce projet discographique est aussi celui d’une institution. Le Centre de musique baroque de Versailles est naturellement l’une des composantes qui font la force de cette proposition, permettant la découverte de plusieurs enregistrements inédits, le fils de Lully, Louis, en tête. À la tête de trente-trois ambassadeurs (violons, haute-contres, tailles, quintes, basses de violon, violoncelle, basse de viole, contrebasse, clavecin, théorbe, flûtes allemandes, flûtes à bec, hautbois, taille de hautbois, bassons, trompette et percussion), , désormais à la tête de la Grande Ecurie et La Chambre du Roy, respecte scrupuleusement une interprétation « informée », par le choix des instruments, des effectifs, des tempos et de la tenue d’archet « à la française ». Cela donne des couleurs imposantes et dramatiques, somme toute magistrales.