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Un goût d’inachevé pour le Stabat Mater de Pergolèse au TCE

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 18-II-2019. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Salve Regina ; Nicola Fago (1677-1745) Tam non splendet sol creatus (extraits) ; Domènec Terradellas (1711-1751) : Dixit Dominus (extraits) ; Johann Adolph Hasse (1699-1783) : Sanctus Petrus et Sancta Maria Magdalena (extraits). Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736) : Stabat Mater. Katherine Watson, soprano ; Jakub Józef Orliński, contre-ténor ; Le Concert de la Loge, Premier violon et direction : Julien Chauvin

5c337709ef8d1Une œuvre star servie par une star montante et une soprano en vue aboutissent à un Théâtre des Champs-Élysées plein comme un œuf pour une soirée qui s’est malheureusement avérée un peu bancale.

Le Stabat Mater de Pergolèse porté par la voix angélique de , le beau métier de et un Concert de la Loge qui fait progressivement parler de lui en termes élogieux : la soirée s’annonçait prometteuse d’autant que la première partie prévoyait une reprise partielle du programme du contre-ténor autour de son Anima Sacra ainsi qu’un Salve Regina et un extrait d’Il Trionfo del tempo e del disinganno de Haendel. Las, la soprano, souffrante durant le week-end de préparation, a dû abandonner le deuxième et a abordé le Salve Regina avec une inquiétante prudence et quelques déconvenues qui laissaient supposer que le mal n’était pas passé. Inaudible malgré un orchestre réduit, on aura du mal à retirer quelque chose de ses interventions si ce n’est des aigus sortis aux forceps. Aucun bon présage pour la deuxième partie.

De son côté, semble moins à l’aise que lors de ses dernières apparitions. Instantanément, on serait tenté de dire que l’acoustique de la salle Gaveau lui convenait mieux, mais le reste de la soirée nous démentira. La voix reste sublime, chaleureuse avec une belle homogénéité sur l’ensemble de la tessiture. Après deux extraits d’œuvres de Terradellas et qui témoignent de son legato de miel, le Mea Tormenta extrait du Sanctus Petrus et Sancta Maria Magdalena de Hasse enflamme la salle avec ses trilles et vocalises envoyées sans la moindre esbroufe mais avec toujours le même engagement dramatique.

Arrive alors le Stabat Mater de Pergolèse, œuvre adorée par le public, sans doute à cause du sublime mariage des voix de soprano et de contre-ténor mais aussi peut-être pour son écriture simple, fluide, théâtrale sans être démonstrative, méditative sans se résumer à une simple musique d’église. Un poème sur la douleur de la Vierge qui exige une pureté des timbres et un travail important sur la prosodie pour l’animer des passions humaines. À ce titre, force est de constater que le désastre qui s’annonçait n’a pas eu lieu, même s’il demeure un goût d’inachevé en imaginant ce qui aurait pu se passer si avait été en meilleure forme.

La soprano s’est sans doute économisée dans la première partie pour affronter l’œuvre que tout le monde est venu entendre. D’emblée, la voix résonne mieux et l’on peut alors percevoir le travail sur les couleurs et les intonations. Une prestation stylistiquement respectueuse, trouvant le juste équilibre entre théâtre des douleurs et intériorité religieuse. Si la ligne de chant reste belle, les aigus sortent malheureusement toujours un peu trop difficilement pour que le mariage des deux voix trouve une parfaite plénitude. Pourtant, il fonctionne plutôt bien. À la douce expressivité de la soprano, le contre-ténor répond par une prosodie plus acérée et mordante avec une théâtralité peut-être plus opératique. La voix, plus ample et large semble être un refuge pour celle de Katherine Watson et c’est finalement de ce « déséquilibre » que naît l’émotion. La simplicité d’approche en revanche est leur point commun, rendant possible le mariage mystique de ces deux voix qui démontrent leur affinité avec ce répertoire.

Créé récemment, en 2015, commence à faire parler de lui sans doute grâce au travail du premier violon qui en assure également la direction. L’orchestre sonne clair et parfois un peu sec, ce qui donne un effet assez nerveux à une direction pourtant toute en élégance, souplesse et légèreté. On aimerait parfois un peu plus de couleurs et quelques choix de tempi sont surprenants mais ils donnent aussi souvent un éclairage nouveau sur certains passages comme notamment le Quae Moerebat et delebat que l’on a rarement entendu aussi enlevé ou bien encore le Inflammatus et accensus presque saccadé, nous faisant clairement quitter la nef des églises. Beaucoup de contrastes et de personnalité président à cette performance qui a pour mérite de surprendre dans une œuvre souvent représentée.

En bis, le duo reprend le final de l’œuvre mais, fatiguée, Katherine Watson laisse à Jakub Józef Orliński le soin d’offrir le deuxième et dernier bis à savoir le Vedro con mio diletto extrait d’Il Giustino de Vivaldi qui l’a rendu si célèbre. Et l’on comprend pourquoi car la projection devient finalement totalement insolente (le contre-ténor aurait-il ajusté ses moyens à ceux de sa partenaire toute la soirée ?) et le travail des dynamiques et des sons droits donne beaucoup de relief à cet air qui est en train de devenir le nouveau Lascia ch’io pianga des soirées baroques…

Crédits photographiques : Katherine Watson © Hugo Bernard ; Jakub Jozef Orlinski © Ksawery Zylber

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