L’opéra du Roi Soleil, avec Katherine Watson, Alexis Kossenko et Les Ambassadeurs

Concerts, La Scène, Opéra

Metz. Grande salle de l’Arsenal. 26-IX-2018. Marin Marais (1656-1728) : ouverture et Air pour les Matelots extraits d’Alcyone, « Croirai-je, juste ciel » et rondeau extraits d’Ariane et Bacchus ; Louis de Lully (1664-1734) : « Ah que j’éprouve bien » extrait d’Orphée ; André Campra (1660-1744) : Chaconne, « Espoir des malheureux » et « Coulez ruisseaux » extraits d’Idoménée, « Mes yeux » extraits de L’Europe galante, Sarabande, « Soleil dans ta vaste carrière … Charmant père » et « Quelle épaisse vapeur » extraits de Télèphe ; Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : « Qu’une injuste fierté » extrait de Acis et Galatée, ouverture d’Atys, « Deh piangete » extrait de Psyché, Marche pour la cérémonie turque extraite du Bourgeois gentilhomme ; Henri Desmarest (1661-1741) : « Sombres marais du Styx … Ulysse est infidèle … Calmez votre violence » extrait de Circé ; Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : ouverture du Malade imaginaire ; Pascal Collasse (1649-1709) : Prélude pour la plainte de Zéphyr extrait des Saisons (1695) ; André Cardinal Destouches (1672-1749) : ouverture d’Amadis de Grèce ; Michel Pignolet de Montéclair (1667-1737) : « Mais tout parle d’amour » extrait des Fêtes de l’été ; Jean-Baptiste Stuck (1680-1755) : « C’en est donc fait » extrait de Polydore, « Non sempre guerriero » extrait de Thétis et Pelée. Avec : Katherine Watson, soprano. Les Ambassadeurs, direction : Alexis Kossenko.

Katherine-Watson-1-credit-Hugo-BernardDans un florilège d’airs d’opéras français au tournant XVIIIe siècle, de 1670 à 1731, , et leur chef partent à la découverte de pages inédites ou rarement interprétées.

Le programme de ce concert rend tout d’abord hommage à , véritable créateur de l’opéra français. L’ouverture d’Atys, la marche pour la cérémonie turque du Bourgeois gentilhomme sont désormais des classiques. La non moins célèbre plainte italienne de Psyché, sur laquelle se clôt la première partie de la soirée, symboliserait presque toute la problématique de ce répertoire, conçu à la demande de Louis XIV pour incarner le grand style français mais très vite concurrencé par l’influence de l’Italie.

À la noblesse de la déclamation et à l’expressivité du récitatif s’opposent dès les premières années les délices de la mélodie et la tentation de la virtuosité vocale et instrumentale. La pièce sur laquelle s’achève la deuxième partie du concert, le redoutable « Non sempre guerriero » extrait du Thétis et Pelée (1688/1708) de semblerait, avec son solo de trompette obligé, marquer le triomphe de l’influence transalpine. La plainte de Galatée, extraite de l’Acis et Galatée de 1686, ouvre quant à elle la voie à toute une série de successeurs, à qui la mort accidentelle de Lully l’année suivante ouvrit – enfin – les portes de la carrière. Si l’on connaît bien sûr , dont l’ouverture du Malade imaginaire constitue un autre jalon bien connu de ce programme, si l’on croit connaître depuis quelques décennies – mais qui peut se targuer d’avoir jamais entendu Ariane et Bacchus ? – les autres compositeurs mis à l’honneur seront pour la plupart des découvertes, voire des révélations. n’a peut-être pas connu les succès de son père, mais l’extrait d’Orphée entendu ce soir est de toute beauté. Les Lorrains devraient mieux connaître leur , dont on découvre ce soir des extraits de Circé ; son opéra Vénus et Adonis avait été donné à Nancy il y a une dizaine d’années. , quant à lui, retient surtout l’attention par la beauté et l’originalité de son instrumentation.

Plus tardifs sur le plan chronologique, Campra, Destouches et Montéclair semblent assurer l’impossible transition entre Lully et Rameau. Encore soumis à l’influence du premier, ils prêtent davantage l’oreille aux sirènes italiennes et aux charmes de la mélodie. Si certains extraits pourraient, par effet d’accumulation, engendrer un sentiment de monotonie, le « Coulez, ruisseaux » de l’Idoménée (1731) de Campra, en revanche, séduit autant par la suavité de sa ligne vocale que par la finesse de son instrumentation. La plupart de ces pages dont beaucoup, inédites, viennent d’être exhumées par le , attestent en tout cas l’extrême richesse d’un patrimoine que l’on ne demande qu’à entendre et à découvrir. Sans doute l’attrait de la scène, avec tout ce que cette dernière peut apporter par la magie des décors, des costumes, de la chorégraphie – en un mot, du théâtre ! – contribuerait-il à créer le frisson d’excitation que la succession de pièces isolées, le temps d’un concert, ne parvient pas toujours à susciter.

, précédée par une réputation flatteuse qui lui assure un public enthousiaste, est sans doute plus convaincante dans les airs mélodiques et dans les pages en italien, que dans les parties déclamées Sa diction française est de bonne qualité, mais la cantatrice anglaise ne parvient pas encore à faire vivre la langue comme un certain nombre de ses consœurs plus expérimentées dans ce répertoire. L’interprétation des Ambassadeurs est idéale, l’effectif relativement fourni de l’ensemble permettant de varier la dynamique et de créer les climats dramatiques appropriés. Les bois, notamment, menés par le chef d’orchestre , ont su trouver toutes les couleurs idoines.

Crédit photographique : Katherine Watson © Hugo Bernard

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.