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Le rendez-vous de Martha Argerich à Hambourg

Voici le coffret qui relate la première édition du festival de Martha Argerich à Hambourg, pour lequel elle convoqua ses amis et les amis de ses amis, en nous procurant des belles découvertes, mais aussi quelques déceptions.

C’est en 2016 que la pianiste fit ses adieux au festival « Martha Argerich and Friends » de Lugano, fondé par elle en 2002. La raison en était simple : le principal sponsor, la banque suisse privée BSI, ne souhaitait plus le financer. L’information sur le nouveau festival a été dévoilée seulement en mai 2018. Le principe de cet événement est le même que pour celui de Lugano : proposer une grande quantité de musique de chambre ponctuée de quelques prestations d’œuvres concertantes et symphoniques.

Les enregistrements réunis dans ce coffret, autorisés par les interprètes, ont été réalisés pendant les concerts mais également en répétitions. Le répertoire sélectionné par Avanti Classic offre un panorama de partitions allant de à Astor Piazzolla. Nous trouvons ici aussi bien les compositeurs de prédilection de Martha Argerich, comme Beethoven et Schumann, que des auteurs peu connus en Europe, des Latino-Américains comme Ernesto Lecuona, Ángel Villoldo et Eduardo Rovira. Pour ce programme, l’agencement rassemble les pages d’un même compositeur, données par des artistes différents. Ceci assure à l’ensemble une certaine homogénéité et permet, parallèlement, de rendre évidente cette variété d’interprètes, engagés dans des collaborations diverses, et qui ne sont pas forcément les mêmes qu’à Lugano.

Martha Argerich, touchée par la grâce d’une imagination musicale extraordinaire, apporte aux partitions abordées un relief rare et une multitude de couleurs, en combinant naturel et spontanéité. Elle électrise par son tempérament fougueux, par la profondeur du toucher comme par la sensualité. Une atmosphère rêveuse et poétique est perceptible dans la prestation du Prélude à l’après-midi d’un faune de dans l’arrangement de celui-ci pour deux pianos, proposée en compagnie de avec modération et suavité. Une entente enflammée par la passion et le zèle caractérise, à son tour, l’interprétation de la Sonate pour violoncelle et piano du même Debussy, donnée par Argerich et Mischa Maisky. Une autre réussite de cette parution est la lecture du Triple concerto op. 56 de , assurée par ces deux derniers musiciens auxquels se joint le violoniste Tedi Papavrami. Ensemble, les solistes forment un trio qui saisit autant par l’intimité du dialogue que par la verve. Sous la direction d’, le Symphoniker Hamburg s’avère un accompagnateur attentif, mais pas aussi envoûtant par ses sonorités que l’Orchestre de la Suisse italienne dont Argerich s’entourait à Lugano. Les moments les plus marquants de ce coffret sont ceux de la présentation, par Martha Argerich et Thomas Hampson, de la première édition des Amours du poète op. 48 de . Que de poésie, de raffinement, de même que d’intensité dans leur parcours, baigné de la chaleur des phrasés et du beau timbre de la voix satinée du baryton ! Un vrai régal pour les fans de ces artistes et une rencontre au sommet, faisant penser à celle de Vladimir Horowitz et de Dietrich Fischer-Dieskau au Carnegie Hall en mai 1976.

Pour les interprétations dont Martha Argerich ne fait pas partie, évoquons particulièrement celles des œuvres latino-américaines. Les 4 Danses cubaines et les 3 Danses afro-cubaines d’Ernesto Lecuona scintillent, sous les doigts du pianiste , de teintes éblouissantes, en alliant l’élan et la simplicité. Ensuite, El Choclo d’Ángel Villoldo dans l’arrangement pour piano par Lea Petra, ravit – toujours sous les doigts de Vallina – par l’ampleur du geste et la virtuosité, et séduit par son côté sentimental. Si la Sonate pour violoncelle et piano op. 19 de donnée par Jing Zhao et Lilya Zilberstein est d’une délicatesse frissonnante, la Sonate pour violon et piano de interprétée par Geza Hosszu-Legocky et Evgeni Bozhanov semble rendue agressive par des accords abrupts du piano et la sonorité rugueuse du violoniste, rendant cette page trop prosaïque ; dans le mouvement final, l’œuvre fascine toutefois par sa suggestivité.

Parmi les déceptions du coffret, la Sonate pour violon et violoncelle de Maurice Ravel par  et est dénuée de panache et de feu, et le Trio op. 49 de dans la transcription pour piano, flûte et violoncelle manque par instants de brio, malgré la participation de Martha Argerich.

Ce coffret est un précieux témoignage d’un esprit de coopération amicale et d’entente entre les musiciens.

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