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Croisé et Panfilov envoûtants dans les Sonates de Rachmaninov et Chostakovitch

Dès l’entrée le ton est donné, et les Sonates pour violoncelle et piano de Rachmaninov et Chostakovitch dévoilent sans masque l’âme romantique et tourmentée de leurs auteurs.

Après une profonde dépression provoquée par le fiasco retentissant de sa Symphonie n° 1 en 1897, retrouva peu à peu le goût de composer. Quelques années plus tard, en 1901, il achevait une Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur proche parente de la poésie du célébrissime Concerto pour piano et orchestre n° 2 composé la même année. Cette œuvre de chambre de relative jeunesse, chaleureuse et à l’inspiration mélodique et rythmique profuse, brille par sa sincérité, sa fougue et son aura nostalgique. La plupart des sections énoncées par le piano sont développées par le violoncelle dans une dynamique expressive convaincante.

À l’âge de 28 ans et une trentaine d’années après son célèbre devancier, composa sa propre Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur, elle aussi en quatre mouvements, mais nettement moins enflammée et sentimentale, la rapprochant d’une sorte de classicisme décanté. Néanmoins, dans son premier mouvement Allegro non troppo inspiré par des thèmes populaires russes, il ne masque pas l’expression de ses sentiments amoureux du moment. Moins retenu, le fougueux Allegro suivant, un scherzo, balaye tout cela sans vergogne au profit d’airs orientalisants. Après un romantique Largo construit sur une longue mélodie apaisée, l’attrait du compositeur pour le grotesque, le sarcasme et l’ironie explose… peu de temps avant que tombent les réprimandes officielles du régime soviétique.

Les autres partitions reviennent à la fameuse Marche tirée de l’opéra L’amour des trois oranges de Prokofiev, À la Albéniz de (initialement pour piano seul) et pour finir, à une miniature du Suisse inspirée par la bruyante circulation new-yorkaise, New York Honk.

La virtuosité du violoncelliste (qui vient d’être récompensé d’une Clef d’Or ResMusica pour son album de concertos de Haydn et Vivaldi, chez le même éditeur) et du pianiste semble inépuisable, tout comme leur flamme et leur intime communion avec l’âme musicale russe. Leurs exécutions foisonnantes, poétiques et viriles à la fois, constituent une voie d’entrée très sûre à la musique de chambre de Rachmaninov et Chostakovitch.

 

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