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L’EOC consacre la filiation Boulez-Manoury

Ce nouvel album de l’ est précieux à plus d’un titre : parce qu’il inclut un enregistrement en première mondiale de , en même temps qu’il rend un hommage appuyé à , et qu’il consacre plus de vingt années de direction à la tête de cet ensemble pour qui vient de passer la main à Bruno Mantovani.

Longtemps Le Marteau sans Maître (1954) est resté une exclusivité boulézienne en matière de direction, avec quatre enregistrements de référence où l’économie du geste, l’abstraction des lignes et la séduction du timbre sont la règle. Sans renier l’héritage – évoque une grande complicité et un compagnonnage avec concernant « Le Marteau » – l’EOC nous livre une interprétation plus incarnée et plus jubilatoire de l’œuvre. Une belle énergie la traverse qui, loin de gommer les aspérités de l’écriture, en avive les couleurs (Avant l’artisanat furieux) et confère au son une certaine volupté (Bel édifice et les pressentiments). On est séduit par l’éclat des timbres dans Bourreaux de solitude et ses trois commentaires (Messiaen demeure) comme par le soin accordé à l’articulation ainsi qu’à la conduite de la ligne, en dépit d’une prise de son un peu abrupte et très frontale. Si la voix de manque parfois de flexibilité dans les aigus pour assumer tous les détours de l’arabesque boulézienne, l’intégration de la ligne de chant dans l’ensemble instrumental génère de subtils alliages dans Bel Édifice et les pressentiments où voix et flûte (Fabrice Jünger en première ligne) mêlent leur trajectoire avec la fluidité requise.

B-Partita – in memoriam Pierre Boulez de , enregistré en première mondiale, est une extension (l’ensemble instrumental en sus) de Partita II pour violon et électronique. C’est aussi l’hommage rendu à Pierre Boulez qui décède en janvier 2016 alors que l’écriture de l’œuvre est en cours : avec ce si bémol (B, comme Boulez, dans la notation anglo-saxonne) qui va sonner au violon comme à l’orchestre durant des moments de pause. Le procédé avait déjà été utilisé par Pierre Boulez lui-même dans …explosante fixe… où il célébrait la mémoire de Stravinsky avec le mi bémol (eS en notation anglo-saxonne), note référante de la partition. Dans B-Partita, l’écriture instrumentale, ajoutant couleurs et résonance, tend à fusionner avec l’électronique dans une ambiguïté des sources recherchée, le violon restant toujours au centre de l’édifice sonore. L’électronique en temps réel, convoquant le logiciel de suivi de partition Antescofo, réagit au geste du soliste – épatant Gaël Rassaert – et écrit la trace de ses trajectoires virtuoses, dans un contrepoint luxuriant de lignes et de rythmes. Spectaculaires également sont ces spirales lancées vers l’aigu (sons-toupies chers à Manoury) où convergent toutes les énergies. Il revient à Daniel Kawka de les canaliser, modelant avec autorité les étapes de cette grande trajectoire jusqu’à la très belle coda (on pense à celle de Répons), sorte de nébuleuse rien moins qu’émouvante, sollicitant la magie de l’électronique pour déployer le spectre du si bémol et son aura scintillante.