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Les Traversées Baroques sortent du tombeau un oratorio d’Aliottti

Étienne Meyer et ses Traversées Baroques ressuscitent Il trionfo della morte, un oratorio de 1677 du frère franciscain . Cette œuvre raconte et commente la consommation du fruit défendu, et eut en son temps un succès considérable.

L’intérêt de cette réalisation est d’autant plus vif que peu de partitions de cette époque ont survécu, période d’expansion et de maturation du genre oratorio après Rossi et Carissimi d’une part, et avant Stradella et Scarlatti d’autre part. La fonction parénétique de cette œuvre a sans doute beaucoup contribué à son succès d’origine, mais n’a plus désormais de valeur que fossile. La mise en drame du péché originel, avec des intrants de mythologie gréco-romaine, des personnages allégoriques encombrants (la raison, la sensualité, la mort…) et des dialogues parfaitement oiseux, ne peut plus nous faire, au mieux, que sourire. La fonction esthétique, elle, demeure bien vivante.

L’oratorio s’écoute très agréablement, alternant assez vivement les airs, les duos, les chœurs et les récitatifs, souvent courts et pas toujours bien différenciés les uns des autres, marquant ainsi une étape intermédiaire entre la forme originelle de la narration musicale et les formes plus segmentées, plus codifiées alla Vivaldi ou Haendel. Ces airs sont souvent très beaux. Le lamento d’Eva (Discioglietevi, dileguativi) fut considéré à l’époque comme le plus beau de tous les lamentos, mais on aime encore plus le récitatif de son remords, où le cornet soupire avec elle dans une page courte et poignante. Le premier duo d’amour entre Ève et Adam est délicieux de spontanéité et de pureté. De façon générale, on appréciera le talent d’Aliotti davantage dans les couleurs orchestrales et les micro-climats dramatiques, que dans des audaces d’écritures ou des innovations techniques.

Les voix sont toutes fraîches et enthousiastes. est une Eva séduisante, touchante et sincère, même si son émission est parfois à la limite de la dureté. La Ragione d’ à la fois hiératique et fraternelle, arrive à instiller un peu d’urgence dans l’histoire tout en restant parfaitement stylée. et sont parfaits en Adamo et Morte. joue de sa voix profonde dans les deux rôles de Lucifero et d’Iddio, mais ses vocalises lucifériennes (Furie terribili) sont brouillées. L’ensemble  joue avec bonheur, cohésion et ductilité sous la baguette un rien trop tranquille d’. Si l’hédonisme est bien réel, il eût peut-être fallu un peu plus de tension, un peu plus de scansion et de contrastes pour donner à cet ouvrage davantage de grandeur, et le rapprocher de la dimension du mythe judéo-chrétien.

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